vendredi, décembre 23, 2005

Chapitre 4: Pedasi

Chapitre 4: Patisserie, Pacifique et... carton pâte: Pedasi

Meeeeerde !! (Évidemment tout était trop calme) Mieeeerda donc, on a perdu le guide!! C’est la catastrophe ! Ni d’une, ni de deux, Mamie (telle que nous surnommons la petite grand-mère qui nous accueille dans son hôtel…correct) se met en 4 pour essayer de nous le retrouver. L’annuaire entier y passe pour essayer de contacter le chauffeur de notre dernier bus, il est plus que probable que nous l’ayons laissé dedans…où est-il maintenant notre petit guide, vers quelle nouvelle exotique destination voyage-t-il ? Trop crevés et trop affamés pour nous attarder sur cette question, c’est vers la boutique de Mamie Gâteaux (chaudement recommandée par feu notre livre de chevet) que nous nous dirigeons tout naturellement. Un constat s’impose, Pedasi c’est le paradis des mamies ! et elles ne font pas vraiment preuve d’originalité : Mamie Hôtel et Mamie Gâteaux sont charmantes, accueillantes et prévenantes.. pomponnées et coquettes comme pour leur 1ier bal, c’est marrant… en tous cas ça nous amuse presque autant que la visite guidée du « musée Mamie Gâteaux » que cette dernière a improvisé dans sa boutique.

A l’heure qu’il est, il n’y a plus grand-chose à manger sur le comptoir, par contre au mur, c’est un festival : Mamie Gâteaux avec l’ambassadeur des Etats-Unis, avec le ministre des affaires étrangères colombien, avec je ne sais quel gros ponte du gouvernement local et, last but not least, Mamie Gâteaux avec l’ancienne présidente du Panama (native, elle aussi, de Pedasi, ce qui nous éclairera grandement sur la propreté et l’aménagement, inattendu en ces contrées reculées, de la ville). Ami journaliste, avant de raconter n’importe quoi, vérifie tes sources et ne copies pas sur ton voisin : la candidate chilienne à la présidence ne sera pas, si elle est élue, la première femme à ce poste en Amérique latine…tout au plus en Amérique du sud ! …parenthèse fermante. Oui je joue sur les mots, mais c'est mon blog et je fais ce que je veux!! nan mais!! ...pardon...la perte du guide m'affecte encore quelque peu.

C’est bien sympa chez Mamie Gâteaux, il y a de beaux posters de surfeurs aux murs (Pedasi est LE spot de surf du Panama quand la saison s’y prête, idéalement situé sur le Pacifique) mais nous ne sommes pas là par hasard ! Même si j’ai longtemps soupçonné miss Louloute de m’y avoir amené dans le seul but de visiter la pâtisserie tant vantée dans le guide, la raison de cet arrêt est tout autre : en effet c’est l’ultime étape en direction d’Isla Cana. La nuit est tombée et il n’y a plus de bus pour l’île, nous passerons donc la nuit sur place, repus ( ?) d’empanadas et de gâteaux dégoulinant de crème.

Un peu assommés par les longues heures de bus de la veille, nous oublions de nous lever…du coup, il va falloir passer une journée de plus ici ! Pour nous consoler, une surprise nous attend au réveil : mamie hôtel a réussi à récupérer notre guide, ce qui nous permettra d’organiser notre journée. Profitant du beau temps de la matinée, nous décidons sans plus tarder d’aller piquer une petite tête dans le Pacifique : après une bonne demie heure de marche à travers une campagne des plus normande, marche émaillée de divers incidents de tongs, de pieds en sang et autres lanières en plastique cisaillantes, nous arrivons enfin face a l’océan. Sur la plage de sable noir, c’est la cavalcade, des milliers de petits crabes blancs grouillent dans tous les sens et rentrent se planquer dans leur terrier dès que nous approchons.

Le ciel bleu, se pare peu a peu de gros nuages menaçants mais il nous en faudrait plus pour nous décourager de nous baigner. La ballade qui s’en suit le long du rivage est magnifique : a gauche : le Pacifique, calme, définitivement insurfable pendant la saison des pluies, a droite : de grands champs verdoyants, quelques palmiers et bananiers dont le vert contraste avec le ciel qui commence a tirer vers le bleu acier – gris. La plage est déserte, le monde est à nous ! (phrase d’auteur ! prenez des notes :)

La pluvieuse après midi se passera à nous maudire d’avoir loupé notre bus du matin, errants dans la belle ville de Pedasi, croisant souvent le marchand de lait de coco, premier noir que nous rencontrons depuis bien longtemps. C’est assez frappant comme la ville fait presque « carton pâte » tant elle contraste avec toutes celles que nous avons pu voir jusqu’à maintenant. Le ciel est bas… le moral aussi, mais le jeu du « tu crois que la toiture a été financée par la présidente ? », « tu crois que la place ressemblait à ça quand mamie présidente était encore à l’école avec ses copines mamie hôtel et mamie gâteaux ? » , « tu crois que c’est des vrais palmiers ? », le jeu donc, lancé sous un petit kiosque à musique tout neuf, planté face à l’église, nous ramènera le sourire. Rien ne l’entamera, pas même les rapaces noirs qui semblent attendre la fin de l’orage perchés sur les pylônes électriques, rien ne l’effacera car demain nous reprenons la route !

jeudi, décembre 15, 2005

Chapitre 5: Isla Cana


Chapitre 5: Mangrove, sable noir et...Tortuguitas: Isla Cana

Vas y mon petit Tortuguito ! Bats toi !! allez, encore quelques mètres, t’y est presque !! Grouilles toi (enfin…aussi vite que possible…j’imagine que c’est pas ta spécialité)…allez, hop une nageoire devant l’autre, voilaaaaa, comme ça ! il est 11 heures du soir, il fait un froid de canard sur la plage presque déserte, la larme coule dans un coin de l oeil, une dernière vague vient lécher le rivage et tortuguito nous quitte pour de nouvelles aventures.

Il faut dire que depuis qu’il a cassé la coquille de son oeuf, tortuguito, comme ses frères et soeurs, n’a pas été ménagé, d’abord je manque de lui marcher dessus, puis après il faut éviter les oiseaux (les gamins du village se chargent de les éloigner), les chiens, les crabes... et puis il faut courir (chaud pour une tortue) vers la mer...si j’en crois les explications du scientifique panaméen qui nous a permis de repérer le gisement de petites carapaces pas plus grosses qu’une pièce de 2 euros, d’où dépassent une tête minuscule et 4 nageoires miniatures, si je le crois donc, c’est arrivé dans la mer que les soucis commencent vraiment pour notre héros aquatique…hé ben ! çà fait peur pour la suite…

Presque 4 heures que nous arpentions la plage de long en large à la recherche d’une maman tortue pondeuse où d’un trou dans le sable noir d’où s’échapperaient quelques dizaines de mini turtles avec une seule idée en tête : la mer ou… la mort… 4 heures passées à s’extasier sur cette plage de 16 kilomètres de long, déserte, au sable grisâtre , à se demander si l’on aurait plus de chance de trouver des tortues vers la droite où la izquierda…mine de rien c’est épuisant de marcher comme çà dans le sable, surtout que la journée a été plutôt chargée une fois de plus. Mais, me direz vous, peut être faudrait il reprendre les choses depuis le début ? et moi de vous répondre : « pas con ! ». Allez, suivez moi, je ne voudrais pas vous perdre (dans le récit).

Levés aux aurores, cette fois nous étions bien décidés à ne pas rater le minibus. Après un dernier adieu à mamie hôtel et une dernière salve de remerciements d’avoir retrouvé le guide, nous embarquons. La veille a été plutôt calme et, pour une fois, nous sommes parfaitement réveillés pour apprécier le paysage : collines verdoyantes, rapide passage au milieu d’une forêt et puis à nouveau de grands pâturages escarpés sur lesquels broutent paisiblement des vaches de type « indiennes ». C’est assez inattendu de croiser ici ces paisibles herbivores avec leur bosse sur le dos. Le trajet Pedasi-Puerto Cana se déroule ainsi dans une ambiance champêtre, juste ralenti par les nombreux troupeaux que nous croisons sur la route. De fiers « gauchos » comme on dit en Argentine escortant les meutes de bêtes à corne, chevauchant crânement leur fier destrier. Louloute, dans un sursaut de lucidité préfère fermer sa fenêtre afin d’éviter l’expérience du torero transpercé d’un long coup de corne. C’est vrai que mine de rien, on est juste à portée d’une de ces armes naturelles.

Un petit tour par le village, histoire de déposer un jeune homme sans aucun doute expert en mécanique, si l’on en juge par les carcasses de voitures qui parsèment le jardin devant lequel nous le laissons et puis nous atteignons enfin notre destination… enfin… ce qui, selon toute vraisemblance est notre destination. Renseignements pris auprès du chauffeur, c’est bien là, au bord de ce cours d’eau boueux que nous devons attendre le bateau. Une jante munie d’un bon bout de métal sert de cloche pour appeler le bac qui nous conduira à l’isla Cana où les tortues viennent pondre chaque année à cette époque selon 1. le guide, 2. les dires de notre chauffeur sur le trajet Las Tablas- Pedasi (trajet de triste mémoire : c’est, effectivement, en en sortant que nous dûmes déplorer la disparition de notre guide bien aimé)… il pleut (pour changer), rien pour s’abriter à des kilomètres à la ronde, et le minibus est reparti depuis longtemps, nous laissant là à attendre un hypothétique bateau. Heureusement nous ne sommes pas seuls, outre 3 autres personnes, évidemment locales, les touristes sont rares dans le coin ; des crabes multicolores (noirs, rouge et oranges…on ne peut plus « rock n’ roll ») se planquent dans les recoins d’un tronc d’arbre, mort depuis bien longtemps, à notre passage.

Un maigre filet d’eau traverse la mangrove et tout n’est que boue, racines, verdure et pluie…et si le bac ne nous avait pas attendu ?, et si le taxi nous avait laissé là, au bout du monde, sans se soucier de notre sort ?…et si cet embarcadère désert n’était pas Puerto Cana, mais juste, comme il en a tout l’air, un espace abandonné au bout d’une piste sans fin où finissent, abandonnés, les touristes venus rencontrer ces braves animaux centenaires au péril de leur vie…

Nous nous renseignons auprès des autres voyageurs qui, eux aussi, attendent sous la pluie. Les réponses sont rassurantes mais nous avons appris à nous méfier de la notion du temps bien particulière que cultivent les panaméens. Le bac devrait arriver bientôt mais, qu’est ce à dire au juste ? tout de suite, dans deux minutes ? demain ? le mois prochain…bientôt…c’est plutôt vague..

Trouillards petits occidentaux que nous sommes ! La voilà enfin la barcasse que nous attendions tant ! On embarque, non sans mal, de la boue jusqu’aux genoux et c’est parti pour une petite heure de promenade dans la mangrove. Finalement nous débouchons sur une vaste étendue d’eau où l’on distingue, au loin Isla Cana. Sous les arches de verdure, nous nous renseignons sur les tortues : elles sont bien là, elles sont venues pondre il y a quelque temps et des centaines d’œufs n’attendent plus que nous pour éclore. Contrairement aux plages du Costa Rica où les touristes arrivent en masse pour assister à l’événement, nous sommes les seuls blancs à débarquer sur l’île.

On le savait déjà mais le Panama, est aussi touristique que le Costa Rica n’est…vierge d’américains en tongs. Une jeune « china » nous alpague à la descente du bateau. Elle a exactement le logement qu’il nous faut ! Las de passer des heures à la recherche d’un hôtel, nous sommes bien contents de faire sa connaissance et, de toutes façons, à en juger par la gueule du village, il ne doit pas y en avoir beaucoup d’autres. En fait d’hôtel, il s’agit plutôt d’une espèce de garage ouvert aux 4 vents, dans lequel on a disposé 3 lits doubles destinés à accueillir les chercheurs de tortues, les sanitaires sont des plus rudimentaires et…c’est vraiment crados. Pourtant on n’est pas vraiment du genre difficiles depuis le début. Mais là, on touche le fond (bah non, pas celui des dits sanitaires, vous imaginez bien que dans leur état ce ne serait pas une perspective des plus réjouissante !!).

Vous croyez que c’est çà qui va nous arrêter ? Cà va pas non ! Même si, j’en suis de plus en plus sûr, le but premier de ce détour sur notre route était d’aller rendre une petite visite à mamie gâteaux, on est quand même là pour voir des tortues et ils nous en faudrait plus que cette pièce lugubre pour nous freiner dans notre démarche…enfin…c’est vrai que ces 4 murs de bétons nus c’est glauque mais on est des aventuriers ou alors on reste peinard chez soi à regarder la Starac !!

Une bouteille d’eau, quelques pitis gâteaux secs et c’est parti pour la nuit !! On marche, on marche, rien…la nuit tombe, armés de notre seule mini lampe de poche, nous ne l’allumons que par intermittence, histoire de ne pas déranger celles que nous sommes venus observer en toute discrétion. La chance n’est pas avec nous mais, alors que nous sommes sur le point d’abandonner et de nous débrouiller pour rentrer à la seule lueur de la lune, quelqu’un au loin nous fais des signaux lumineux, nous accourons… elles sont là, toutes petites, ça grouille à la sortie du nid…pour la suite cf. ci-dessus.

Crissi et Beni (ainsi que nous appellent les panaméens) s en retourne se coucher un peu déçu de ne pas avoir vu de maman tortue (il parait qu’en cette saison, il peut parfois en débarquer plusieurs milliers sur la plage en une seule nuit) mais bien émus par toutes ces tortuguitas.... on s’était dit rendez vous dans 100 ans, même jour même heure, même plage....

Levés aux aurores (ouais, ouais comme tu dis : « pour changer »), on ne peut pas vraiment dire que la nuit nous aura permis de récupérer : j’ai du dormir 2 – 3 heures par intervalles, réveillés sans cesse par des questions du genre « mais qu’est ce qui peut bien me gratter comme ça », « p**** et si on choppait la gale ? », etc… etc… Chris, quant à elle a aussi réussi à dormir quelques minutes, justement au moment où je me posais ces questions existentielles, les seuls (moments) où je ne ronflais pas bruyamment pour exprimer ma joie de dormir enfin !






dimanche, novembre 20, 2005

Chapitre 6: Puerto Jimenez / Parc National de Corcovado

Et voila ! Quelques 15 jours après notre arrivée, nous voila dans un nouveau pays : le Costa Rica. Dès le passage de la frontière nous comprenons pourquoi on le surnomme « la petite suisse de l’Amérique centrale » ; en effet, nous longeons d’immenses plantations de bananiers, des forêts, des plantations, bref la verdure défile sous nos yeux, bercées par les chaos de la panaméricana qui, à cet endroit en tous cas, tient plus de la route de campagne que de la fière et large autoroute que nous avions connu dans le sud du Panama.

Le Costa Rica est un pays dépourvu d’armée (le seul du monde ? j’attends vos infirmations) protégés qu’ils sont par le grand frère gringo, mais, en matière de douane, ils sont plutôt fortiches : on s’en était déjà rendu compte au passage de la frontière, mais, quelques dizaines de kilomètres plus loin, c’est tout le bus qui doit descendre pour une fouille en règle des voyageurs, de leurs bagages et du véhicule… En un éclair je remonte la fermeture (éclair elle aussi) de mon sweat-shirt, histoire de cacher aux yeux de la flicaille locale la magnifique feuille de marijuana que j’arbore sur mon t-shirt…du coup, il s’en faut de peu que je succombe à une crise d’hyperthermie. Heureusement, personne à bord n’est embarqué et nous pouvons reprendre la route.

Cette opération nous aura néanmoins fait perdre pas mal de temps et, quand le bus nous dépose finalement sur le bord de la route qui mène de la panaméricana à Puerto Jimenez nous nous retrouvons bien seuls. Renseignements pris à la station service, qui marque le début de la piste : nous venons de louper le bus pour la péninsule… ou alors il n’est pas encore passé…le prochain est dans 20 minutes, ou peut être dans 3 heures…bref, personne n’en sait rien et certainement pas nous ! Tout autour, tout n’est que végétation luxuriante, lambeaux de terre rouge parfois, nuages menaçants et totale indifférence à l’égard de notre triste sort.

L’inquiétude gagne nos 2 aventuriers… plantés là, au bout du monde (au risque de me répéter), perdant d’un coup (le temps de passer la frontière) leur statut de curiosité au profit d’un statut de « gros touriste paumés dont personne n’a rien à foutre ». Bref…seuls au monde, mais dans des conditions bien moins idylliques qu’au bout d’une plage déserte sur une île…déserte elle aussi. En dernier recours, nous abordons le chauffeur d’un pick-up bâché venu ravitailler sa monture, afin de nous renseigner une fois encore sur l’horaire du prochain bus. De ce que nous comprenons, ce n’est pas pour tout de suite, mais, après quelques hésitations, il veut bien nous faire faire un bout de chemin avec lui.

Trop heureux de quitter enfin ce carrefour désert, nous sautons à l’arrière du véhicule. Dos à la route, le paysage défile à l’envers, c’est original, en plus, la route est assez mauvaise et nous avons tout le temps d’en profiter. 2 fiers costa ricien se joignent à nous et, inévitablement, la discussion tourne futbol (les latinos n’ont pas leur pareil pour hispaniser les mots anglais. Pour ceux que ça intéresse nous ne voyageons pas à bord d’ « un coche » comme on dit à Madrid, mais à bord d’ « un carro » et le deuxième sport national du pays (c’est le cas aussi au Panama) est le bezebol…à vous de traduire ;) ). Nous en sommes à nous échanger des encouragements et des félicitations réciproques pour le France - Costa Rica qui aura lieu très bientôt, lorsque nous nous arrêtons net. C’était à prévoir, on a crevé !!

Nous arrivons finalement à Las Palmas, charmante bourgade composée d’une rue centrale et…c’est tout, bref nous sommes à mi-chemin et notre chauffeur, que nous croyions bénévole nous demande un tarif exorbitant ! Il faudra s’y faire, ici les touristes on connaît, et on sait en tirer bénéfices ! Au vu de la foule qui attend au coin de la rue, le bus pour Puerto Jimenez ne devrait pas tarder mais nous sommes les seuls gringos.

Ah ouais, elle était pourrie la route que nous avons faite à bord du pick-up ? et bah alors je ne sais pas comment définir la piste sur laquelle nous roulons maintenant à bord d’un vieux bus scolaire américain, oui oui, les gros bus jaunes qu’on voit dans les films ! et bien c’est au fin fond du Costa Rica, sur des pistes défoncées par la pluie, qu’ils finissent leur vie. Le chauffeur est un véritable héros et je compatis en songeant à tout ce que ses bras encaissent pour nous maintenir en ligne droite. Le mot «confort » est un lointain souvenir, mais le spectacle vaut le coup d’œil, la jungle alterne avec de grands pâturages où paissent de bonnes vieilles vaches paisibles. Il fait une chaleur suffocante mais l’ambiance dans le bus est bon enfant. On récupère un groupe de paysans fins bourrés (hommes et femmes ce qui est rare en ces contrées) et c’est dans les cris et les rires que nous arrivons enfin à Puerto Jimenez.

Un petit tour à la banque, histoire de faire le plein de Colones (il nous reste encore des Balboas panaméens (oui oui vous avez bien lu, le nom de famille de Rocky Stalone est aussi celui de la devise panaméenne), mais ils n’ont aucune valeur ici) et nous partons à la découverte de ce petit village touristique plutôt agréable. L’air, moite jusqu’à maintenant, est rendu agréable par la proximité de la mer et les ruelles sont bordées de petites maisons a priori confortables où l’on viendrait volontiers passer quelques mois de vacances. La rue principale est très commerçante et les bars succèdent aux cyber cafés, flanqués à leurs droites de minimarkets et, à gauche, de boutiques de ropas americanas (traduire « fringues d’occase) que l’on pourra fièrement porter dans les restaurants alentours.

On parle un peu toutes les langues dans la rue, mais, ce qui nous met la puce à l’oreille quant au tourisme de masse dont tout le monde parle à propos du pays, c’est le nombre d’agences qui proposent, qui des tours dans la jungle, qui des descentes de rivières, qui, encore, des visites de villages indiens, le prix du tout étant très visiblement traduit en USDollars. Le parc national de Corcovado est tout proche et l’on vient de loin pour espérer y croiser quelques animaux sauvages.

En ce qui nous concerne, nous trouvons un petit hôtel propre et idéalement situé pour moins de 15 dollars, on s’en sort bien. Une fois les sacs posés, direction une énorme salade de fruits. Nous avons passé, une fois encore, la journée dans les transports et nous remettons au lendemain nos velléités d’exploration de la jungle ; faudrait pas déconner quand même non plus, on est en vacances !! D’ailleurs, depuis Panama Ciudad, on a rarement eu l’occasion de croiser de cyber cafés, nous profitons donc de l’aubaine pour envoyer quelques nouvelles fraîches aux malheureux pitis français qui rentrent de plein pied dans l’hivers…ahhhhh les vacances !! Le contenu des mails ? vilains petits curieux ! Zavez qu’à lire au dessus, c’était pas tellement différent.


C’est à ce moment là du récit que je vais solliciter votre participation ; pas d’inquiétude, çà va être rapide et sans douleur. Vous êtes prêts ? alors on y va…suspense…aujourd’hui…nous nous levons…A vous !…. « AUX AURORES !!!! » . Bravo ! vous êtes formidables !! de deux choses l’une, soit vous avez eu le courage de tout lire jusqu’ici et je dois avouer que je vous félicite tout autant que je vous remercie, soit vous avez sorti ça au pif et là hé bah…Bravo aussi, you’re a lucky reader.

Bref, on se lève aux aurores (partez du principe que, sauf indication contraire, ça a été le cas pendant une grande partie des vacaciones). Il fait encore nuit et nous poireautons déjà en attendant le Taxi Jeep qui nous conduira jusqu’à l’entrée du parc. Apparemment il tarde à venir mais nous sommes rassurés quand nous voyons arriver 2 autres français qui, tout comme nous, ont déjà pas mal baroudés et sont bien décidés à en découdre avec la jungle costaricienne. Les minutes passent mais le taxi n’arrive toujours pas, ce qui a quelque peu tendance à commencer à nous inquiéter !

Un petit tour au café du coin nous apprendra qu’il est parti sans nous ! Nous attendions un carrefour trop loin, et, ne nous voyant pas, il est parti directement…heureusement on finit par trouver un autre véhicule et, bien calés entre franceses à l’arrière du véhicule nous entamons un petit voyage entre prairie et jungle. Au détour d’un bel amas de branches, feuilles et autres nous tombons sur le taxi fuyard arrêté là par une panne causée sans doute par une fuite d’eau. Pas rancuniers, nous dépannons (enfin, nôtre chauffeur dépanne plutôt) notre infortuné compagnon et nous embarquons dans ce nouveau véhicule pour la fin du voyage. Nous ne gagnons pas vraiment au change, passant d’un luxueux 4*4 flambant neuf à un pick-up bas de gamme dans lequel nous sommes sévèrement secoués. Ca aura au moins l’immense avantage de nous remettre un peu les idées en place après ce nouveau levé bien matinal. Nos compagnonnes suédoises semblent du même avis !

Finalement, arrivé…nulle part, le taxi nous dépose le long d’une plage déserte, entrecoupée de larges coulées d’eau descendant directement de la forêt qui la borde. L’entrée du parc est quelques kilomètres plus loin, sur la plage. Les premiers pas sur le sable gris-noir se passent sans souci particulier mais nous sommes vite stoppés dans nôtre progression par la première rivière sus citée. Il s’agit de trouver l’endroit le moins large ou avec le courant le moins fort pour traverser. Les suédoises tentent un premier passage en force, mais devant les difficultés qu’elles semblent rencontrer, en français rusés que nous sommes, nous choisissons de tenter la traversée plus haut la mer ayant tendance à créer un périlleux reflux. Après quelques hésitations, nous nous lançons, les 2 premiers mètres sont couverts sans problème, mais, à mi-chemin, tout d’un coup, le cours d’eau devient plutôt profond…tant pis le pantalon, il en a vu et en verra certainement d’autres, du moment que l’appareil photo peut être maintenu hors de l’eau, le reste n’a pas d’importance.

Arrivé de l’autre coté, nous pouvons pleinement profiter du spectacle : dans la brume du petit matin, le fond du paysage semble flou, noyé dans d’improbables vapeurs blanchâtres qui donne un aspect fantomatique aux collines couvertes de verdure qui bordent la plage de sable sombre. Les rouleaux sont impressionnants et nous comprenons rapidement la réputation de spot de surf incontournable de cette partie pacifique de la côte costaricienne. Le vert des palmiers contraste exceptionnellement avec la couleur du sable ; devant nous une large bande grise semble dérouler jusqu’à perte de vue, juste coupée par endroits par quelques petites rivières.

Nous longeons la mer pendant un bon bout de temps, nous arrêtant juste pour adopter une tenue plus adéquate : pieds nus, bas de pantalon ambiance « pêche aux moules », et pour se prendre un petit café dans un somptueux lodge posé là, en bord de plage, face à la mer. Finalement, un peu plus tard, nous apercevons enfin le poste de gardes forestiers qui fait office d’entrée du parc. Depuis que nous avons posé les pieds sur la plage, il s’est remis à bien pleuvoir et nous ne sommes qu’à moitié surpris quand le garde du poste nous informe qu’après 10 minutes de marche dans la jungle, nous serons coincés par une rivière en crue pratiquement infranchissable.

I
l s’agit maintenant de savoir si nous sommes prêts à payer une somme conséquente pour 10 minutes de ballade en forêt frustrante ou si, comme nos collègues suédoises arrivées un peu plus tôt (hey oui, notre bienfaisante pause café nous a fait prendre un peu de retard), nous préférons nous asseoir pour attendre l’heure du retour en sirotant un thé. Aucune des 2 possibilités ne nous emballe vraiment…nous étions venu pour crapahuter dans la jungle, se frotter à sa population et certainement pas pour décider que dès 8h30 du matin c’est l’heure du thé. Nous redescendons sur la plage et rebroussons chemin jusqu’au lodge. Après tout, de la forêt il y en a partout, elle ne se limite pas au parc national et rien ne nous dit qu’elle soit vraiment différente une fois passée la barrière. Courageusement, la décision est prise de s’enfoncer dans la jungle par nos propres moyens, non sans s’être auparavant enquéri d’un éventuel chemin nous permettant de rallier le point de départ après une petite ballade sylvestre. Bien nous en prend ! En effet, il existe une bonne ballade a faire qui part du lodge et gravit la colline, serpentant entre les arbres. Il pleut averse et nous sommes les seuls à nous y aventurer aujourd’hui, de toutes façons, à cette époque ci de l’année, il n’y a pas beaucoup de clients.


Je crois vous avoir déjà dit que, pour ce qui était de name dropping au sujet des arbres, il ne fallait pas trop compter sur moi. Tout ce que vous avez à savoir, c’est que, dans la jungle il y a pas mal d’arbres ; qui dit arbres dit racines et celles-ci sont assez conséquentes, du coup, qui dit racines, dit chutes. Bref entre le dénivelé de la colline, le sol rendu glissant par la pluie incessante et les racines, il faut être plutôt habile pour rester en équilibre sur ses 2 pieds. Bon an, mal an, nous débouchons finalement, après de nombreux virages sur une petite pointe surplombant la côte. Le spectacle, une fois de plus est impressionnant et nous laisse sans voix. Du coup, on a tout le loisir de profiter du son de la jungle…entre bruits bizarres, cris divers et variés, bruissements ininterrompus, chutes de feuilles…chutes de feuilles ??? et un paquet en plus ! On regarde d’où elles peuvent bien provenir mais…rien !


Alliant l’art de Sherlock Holmes à celui de Daktari, Maigret à Alain Bougrain Dubourg, Julie Lescaux à Brigitte Bardot, j’aiguise mon œil et mon oreille. Une telle pluie de feuille ne saurait avoir de causes purement naturelles ! « Mais qu’est ce qui peut bien te laisser penser çà ? », « élémentaire ma chère Louloute, il y a forcément sur cette branche un poids qui, dans son déplacement, a provoqué la chute des feuilles, il ne nous reste plus qu’à l’identifier ! ».




samedi, novembre 19, 2005

Chapitre 7: La Fortuna / Volcan Arenal

Retour à la gare routière de Puerto Jimenez, pour un départ à 4 heure du mat’ direction…beaucoup plus au Nord : le volcan Arenal, son lac et sa vallée. On s’installe aussi confortablement que possible dans le vieux bus sans age et c’est parti pour quelques heures de tape cul sans pitié : depuis notre arrivée, on ne peut pas dire que l’état de la route se soit amélioré ; en plus ce coup ci, le jour ne s’est pas encore levé et nous ne pouvons donc pas profiter du paysage bucolique qui nous avait accueilli la première fois. Il reste 2 alternatives : grignoter ou dormir, de toutes façons on en a pour 13 heures, alors on aura largement le temps de faire les 2. Pour ce qui est de dormir, il faut être sérieusement motivé, les secousses de la route sont telles qu’à tout moment on risque de s’assommer contre un des montants de fenêtres.





Les voyages en bus, vous savez comment ça se passe, je crois que j’ai déjà eu l’occasion de vous en parler, alors je préfère ne pas m’étendre sur le sujet…surtout que 13 heures de voyage, il y en a des trucs à raconter. Sachez simplement que, contrairement au Panama où l’on était plutôt bien accueilli, ici, c’est pas la même histoire :les voyageurs sont vus comme de bons gros touristes friqués et, une fois le voyage payé…advienne que pourra ! C’est ainsi qu’à mi parcours, alors que nous nous restaurions tranquillement assis au seul restaurant de la gare routière (on n’a pas osé sortir trop étant donné que lors d’un « pause pipi », la fameuse « pausa pipi », le bus a failli redémarrer sans notre héroïne en Kway), bref, nous nous régalions de tortillas infectes et de la réglementaire bouteille de coca individuelle de 665cl, lorsque nous vîmes (si si c’est français, et du meilleur même) notre beau bus nous passer sous le nez. On jette à la volée la somme due, et on se précipite à sa poursuite. J’arrive à hauteur de la porte et je tambourine comme un damné ; regard mi désolé mi « rien à foutre » du chauffeur, qui finit quand même par s’immobiliser et nous laisser monter. Il grommelle je ne sais quoi dans sa moustache, je grommelle je sais très bien quoi (hijo de puta) entre mes dents, et le voyage reprend, personne n’en ayant rien à foutre de cette histoire.

Nous quittons enfin le bus dans un premier petit village, avant d’en reprendre un quelques heures plus tard qui se met à serpenter dans les collines. Le spectacle se fait de plus en plus helvète et c’est assez amusant de contempler ainsi ce qui ressemble fort à la campagne genevoise, au son du gros reggæ ton ! Au volant : papy, à la caisse du bus : mamie, oui vous l’aurez deviné, depuis notre passage par Pedasi, nous commençons à être habitué à voir les « seniors » au travail, les gamins aussi d’ailleurs, bref…il n’y a peut être pas plus de boulot sur le continent latino que partout ailleurs dans le monde, mais en matière de main d’œuvre, on fait fi des questions d’âge ! La nuit est tombée depuis longtemps maintenant, la pluie aussi d’ailleurs et c’est les yeux rivés sur la route que nous tachons de deviner si nous approchons ou non de notre point de chute : la bourgade de La Fortuna. Bourgade…bourgade me diront les plus globe trotters d’entre vous, c’est un bien faible mot pour qualifier la ville ! Certes, vous êtes vraiment très fort et perspicaces, mais, au moment dont je parle nous pensions encore qu’il s’agissait d’un petit point sur la carte pas plus gros que...nos espoirs de ne pas terminer le voyage dans un ravin ou encastré dans une voiture venant à contre sens.




« Holaaaa mais moi je m’en fous, si ça te fais marrer de marcher encore des heures avec les sacs sur le dos, sous la pluie en pleine nuit, tout ça parcequ’il est hors de question qu’on dorme dans un hôtel sans moustiquaire, je m’en fous moi… », « ah ouais ? et bah alors on va prendre le premier hôtel venu, tout pourri et on verra bien qui se plaindra demain de se faire que des hôtels de m**** (ami lecteur je préfère ne même pas rapporter ici les propos échangés quelques minutes après notre descente du bus…vous pourriez nous trouver fort grossiers, or, c’est loin d’être le cas. Tiens, tu fermeras la parenthèse en sortant, merci). Bref on avait déjà eu l’occasion de s’en apercevoir, mais les arrivées de nuit, sous la pluie, après une journée complète de bus ont l’étrange pouvoir de taper sur les nerfs.


No problemo, nous trouvons finalement une auberge de jeunesse sur la rue principale, il n’y a pas de moustiquaire malheureusement, mais un petit bricolage à base de sac poubelle découpé fera finalement l’affaire ! Le temps de nous assurer du confort du lit, de l’eau chaude ( ?) dans la douche électrique et nous partons à la recherche d’un restaurant qui nous changera un peu des relais routiers de la journée. Au niveau de la ville, le contraste est saisissant par rapport à tout ce que nous avons vu jusqu’à maintenant : tout est pensé pour le bien être du touriste estadosuniendo (ie : des USA), l’anglais est presque la langue officielle ici, et les divers activités proposées, le sont en dollars évidemment. La maîtrise (hasardeuse) de l’espagnol nous permet quand même de ne pas trop passer pour de gros gringos aux poches pleines et mon (nôtre) aventurière préférée progresse de jour en jour dans la langue de Cervantes.



Au fait, vous ai-je dit qu’avant de nous laisser partir en exploration, nôtre hôte nous a quand même fait remarquer un petit point lumineux rouge perdu dans la noirceur du ciel ? Si j’ai oublié de vous le dire, vous m’en voyez bien désolé mais pour me faire excuser, je m’en vais vous donner sans tarder l’explication de ce phénomène des plus étrange : il s’agit ni plus ni moins que du cratère du volcan Arenal qui domine la ville de son lac de lave en fusion. Nous passerons de longues minutes à observer le spectacle, nous promettant, dès le lendemain de nous en approcher un peu plus.









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mardi, novembre 15, 2005

Chapitre 8: Parc National Tortuguero

Under Construction

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