mercredi, octobre 26, 2011

Thierry Tuborg - Rock'n'roll Psychose (2010) - Un polar noir comme un vinyl

Thierry Tuborg - Rock'n'roll Psychose (2010)

“Ecrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture. C’est quelque chose de très stupide”. Ainsi parlait Franck Zappa. Fort de cette pensée profonde, Thierry Tuborg, figure émérite de la scène rock française ( chanteur du groupe Stalag (1978-1982), puis de Stalingrad (2004-2008), n’a pas hésité depuis quelques années à se lancer dans la littérature mettant au service de ses histoires une plume définitivement rock, vive et électrique, désabusée et vénémeuse.


Non Thierry Tuborg n’écrit pas SUR le rock, il écrit rock, tout court, une écriture au service du polar qui nous occupe aujourd’hui. Négre (Pascal ?) d’un grand éditeur reconnu, Rémi Bacalan a bien des points communs avec l’auteur. Lui aussi fut chanteur d’un groupe, Stockholm avant de se faire, volontairement et avec son aide, piquer la vedette (et sa place) par Allison (fille de son éditeur) qui aménera l’aventure au niveau international. Que ne ferait on pas, par amour, allant même jusqu’à offrir son propre groupe sur un plateau ? Voilà donc Rémi Bacalan, ours parfait, n’acceuillant jamais personne chez lui, pris dans le tourbillon d’un double meurtre. Allison et Vincent Volt son producteur sont retrouvés assassinés coup sur coup. Mince point de départ pour cette plongée dans les modes parrallèles de l’édition littéraire et musicale. Mince point de départ, oui, mais dont l’auteur fait un petit roman captivant, tout entier rythmé par sa plume directement branchée dans l’ampli de l’auteur. Pas d’effets ici, non, de l’énergie brute, point final. Comme un riff anodin qui, posé sur une rythmique implacale et joué tout entier au feeling du guitariste, devient un riff assassin, la petite histoire de meurtre se transforme en polar noir….comme le vinyl ou, bien entendu, comme le cuir d’un blouson ou d’un imperméable d’inspecteur malsain.

Loin d’un name dropping mondain à la Alain Pacadis, Thierry Tuborg prend prétexte de l’enquète pour rendre hommage aux hommes de l’ombre du milieu du rock, ces passionnés des petits labels indépendants, ces tourneurs (presque) désintérressés, ces patrons de salles à Pais, à Bordeau ou n’importe où ailleurs en France sans qui la musique se limiterait à la starac. Bref un monde en sursit avec la passion en perfusion. Evidemment on croise Anne Roumanoff, Grand Corps Malade ou encore Amélie Nothomb, mais surtout le Mondo Bizarro, le Fahrenheit, Strychnine ou Gamine…souvenirs, souvenirs.

Une écriture au service d’une histoire ? peut être mais sans doute plus encore une histoire comme décor d’une plume, une plume en forme d’hommage, d’hommage à la vie, la vie en rock comme dirait l’autre.

Evidemment vous pouvez vous précipiter chez la grande surface culturelle du coin pour vous procurer l'ouvrage, mais, si à votre tour vous voulez boucler la boucle de ce roman DIY, le mieux c'est de le commander directement à l'auteur : http://thierry-tuborg.nfrance.com

vendredi, octobre 21, 2011

Neil Strauss - Motley Crue: The Dirt - (Trad FR: 2007)

Neil Strauss - Motley Crue: The Dirt - (Trad FR: 2007)

Imaginez,,,,imaginez une mare, une mare de sperme, d alcool, de merde et de crachats à la surface de laquelle flotterait pèle mêle seringues, cuillères, petites culottes sans âge et divers débits de toutes sortes. Prenez maintenant le bouquin qui nous occupe aujourd’hui, le pavé plutôt, et jetez le dedans, ouioui jetez ce pavé dans la mare et délectez vous des éclaboussures qui ne manqueront pas de vous recouvrir, ce n est qu’un avant gout de ce qui vous attend a la lecture de The Dirt, traduit par « la crasse » dans la préface, mais dont finalement le titre original est resté dans l’édition française. « La crasse » donc, c’est le quotidien de Nikki Sixx, Tommy Lee, Vince Neil et Mick Mars, en un mot, le quotidien de Motley Crue dès ses débuts...


Ce livre c’est donc une bio de Motley Crue écrite à 4 mains et chronologiquement par les principaux intéressés vous dites vous ? mouais, au détail près que quelques membres de l’entourage du groupe y vont aussi parfois de leurs petits souvenirs, histoire de lier vraiment les faits entre eux et, peut être, de pallier à certains trous de mémoire collective des 4 rock stars. Une bio donc ? un peu court quand même de résumer ainsi le bouquin, oui c’est une bio s’il faut vraiment lui trouver une catégorie, mais ce Dirt est bien plus que cela, c’est une expérience hallucinée vécue à la vitesse du son et de la lumière, un catalogue de tous les clichés du rock, du sex et, évidemment des drugs. La mort rode à presque toutes les pages, toujours prématurée, vite on vous dit, tout se fait vite et sans regard dans le rétro, entre les tragédies que traverse le playboy Vince Neil (décès de sa fille de 4 ans, responsable d’un accident de la route dans lequel un de ses plus proche ami trouvera la mort), les overdoses à répétitions de Nikki Sixx et bien d’autres fantômes encore. Le rêve rock hollywoodien de nos quatre amis (pas forcément toujours très heureux d’être enfin réunis) tourne peu à peu au cauchemar le plus sordide et les villas hollywoodiennes démesurées, les filles faciles à la pelle, les voitures de rêves et les montagnes de coke ont de plus en plus de mal à dissimuler le malaise morbide dans lequel plongent tous les protagonistes de cette histoire.

Ce qui rend d’autant plus poignant ce témoignage qui démystifie quand même beaucoup les retombées de la renommée, c’est qu’après des années à foncer tête baissée dans toutes les spirales les plus infernales que l’on puisse imaginer (drogues, alcools, et bien d’autres encore), le temps aidant, le temps passant et la maturité gagnant inexorablement, chaque membre se livre à coeur ouvert, dévoilant progressivement ses blessures intimes et ses sentiments les plus personnels. A l’approche de la quarantaine, donc vers la fin du bouquin, on sent un besoin général de normalité, de ralentir la cadence, de stabilité et…de vie finalement.

En refermant le bouquin, certains se souviendront surtout des horreurs et des scandales qui en imprègnent chaque page. D’autres des tragédies et de la manière dont elles ont été surmontées par l’un ou l’autre des membres du Crue, d’autres encore se régaleront des anecdotes (auxquels on n’a aucune raison de ne pas croire tant tout est hors norme dans l’histoire du groupe) pas toujours très reluisantes, concernant Ozzy Osbourne, Axl rose ou, plus drôle encore, Bruce Dickinson, la voix de la vierge de fer. Enfin, certains y verront surtout l’histoire de 4 hommes qui, revenus de tout et ayant tout connu, se posent enfin pour regarder un instant en arrière et gouter au plaisir simple d’être toujours de ce monde…



et, rien que pour le fun :

David Foenkinos - Lennon (2010) - Un exercice casse gueule superbement réussi

David Foenkinos - Lennon (2010)

Amusant, amusant de lire, au détour d’un chapitre, que l’auteur ose faire s’insurger son personnage a petite lunettes rondes contre les "connards qui font des livres sur (lui). qui mythonnent 300 pages sur (leur) relation alors qu’(il) ne les a croisés que 2 minutes". Amusant car, sauf information contraire, David Foenkinos n'a jamais rencontré John Lennon et arrive quand même à en faire un livre de (certes seulement) 233 pages, véritable plongée au coeur de l’histoire et de la psyché du binocleux plus connu que le Christ.


C’est un John Lennon âgé de 35 ans, ayant mis (temporairement) un terme à sa carrière échevelée que l’on retrouve ici allongé sur le divan du psy David Foenkinos, à évoquer sa vie. De son enfance perturbée dans l’Angleterre de l'immédiate après guerre, à sa rencontre avec Yoko Ono, en passant par les bouges d’Hambourg et les stades américains. Un Lennon qui évoque les cadavres qui émaillent sa route, ceux de sa mère. sa tante. Pete Best ou Brian Epstein, cadavres sur lesquels il ne se retourne qu’un instant poursuivant sans répits sa route vers son destin d’étoile filante aveuglante de la culture pop du XXième siècle, de squats miteux liverpoliens à de luxueux bed ins, de groupies hystériques à une notoire allumée asiatique.

« Tout le monde a dit que Yoko avait brisé les Beatles, mais c’est le regard sur elle qui a tout foutu en l’air. Si elle avait été accueillie différemment, rien ne se serait passé ainsi » lui fait dire David Foenkinos. C’est avec ce genre de réflexion, qui permet de voir l’aventure de Lennon sous un autre angle que celle qui nous a déjà été raconté des centaines de fois, que l’imagination de Foenkinos montre tout son intérêt. Magnifiquement servies par la plume de l’auteur, les confessions de John prennent un tour inédit et personnel, sans que l’on puisse accuser son scribe de violer sa pensée ou sa parole. En effet, l’auteur du Potentiel Erotique de ma Femme, connait son sujet sur le bout des doigts et, pour fan qu’il soit, n’en demeure pas moins parfois critique faisant reconnaître à Lennon certaines de ses erreurs.

A propos de la séparation du groupe, Lennon aka David Foenkinos de déclarer: « mon groupe n’était plus les Beatles mais la Paix ». Une des phrases les plus marquante de cette psy-ographie est sans doute celle où John, conscient de son statut d’héraut de la paix, déclare qu’il "voulait être capable de montrer (ses) parties génitales à tout moment, pour ne pas être non plus un Gandhi ou un Luther King susceptible de se faire assassiner". Superbe trouvaille de l’auteur ? Oui et non dans la mesure où ce dernier précise bien en note de bas de page que cette phrase a réellement été prononcée en 69 par Lennon, avec son humour toujours si particulier et des dons de voyance assez perturbants. Une part du talent de Foenkinos est sans doute d’avoir su exhumer cette déclaration et de l’avoir replacée à cet endroit précis des consultations de la star chez son psy. On regrettera par contre, peut-être, de ne pas retrouver l’humour décalé du Beatles échevelé plus souvent au fil des pages. Mais peut-être le cabinet d’un thérapeute n’est il pas le meilleur endroit pour déconner plein pot. On cependant légitimement penser que ce n’est pas ce genre de détail qui aurait gêné Beatle John.

D’un exercice sacrément casse gueule (faire parler les morts et mieux encore, les faire se confier) David Foenkinos se sort avec brio alliant érudition, imagination et style pour un résultat qui, très loin de l’œuvre réservée aux fans hystériques, plaira à quiconque s’intéresse un tant soit peu aux premier défunt des 4 garçons dans le vent.

jeudi, octobre 20, 2011

Patrick Foulhoux - Le fond de l'air effraie (2010)

Patrick Foulhoux - Le fond de l'air effraie (2010)

Parti pris, subjectivité exhacerbée, anticonformisme revendiqué, mis en avant honteuse de l’auteur, oui, aucun doute, tous les principes du gonzo journalisme cher aux Hunter S. Thompson ou Lester Bang (même si je doute qu’il s’en soit un jour réclamé) sont ici mis en œuvre sous la plume de Patrick Foulhoux. Tout ça pour quoi ? Juste histoire de raconter sa petite histoire du rock, vécu de l’intérieur, sous forme d’un abéédaire iconoclaste du « rock dérangé », mélangeant figures incontournables de la saturation mondiale et obscurités passées en leur temps inaperçues et qui trouvent dans ce petit bouquin l’occasion de se bruler une (dernière ?) fois les ailes aux feux de la rampe.

 

Ayant sauté à pieds joints dans l’encre de Rolling Stone, Punk Rawk, Kérosène, Rock Sound, Abus Dangereux ou encore Violence, l’auteur l’annonce dès la lettre B : « les Beatles sont les premiers à avoir trahi le rock », ils ont « chié dans les bottes du rock », oui les Beatles « horripilent » Patrick et, rien que pour ça on n’a qu’une envie, s’enfiler tout le reste du bouquin d’une traite ! Ou alors, pour les beatlesmaniaques lui foutre son poing dans la gueule, mais là gare ! Le gus n’est pas forcément du genre facile à étaler d’une petite tapette sur la joue ! Non monsieur est plutôt du genre rugbyman, donc, physiquement parlant, difficile de l’attaquer frontalement. Alors que faire ? l’attaquer sur le terrain d’une prétendue éthique rock n’roll ? Pas con, l’énergumène, revient rapidement sur son parcours au sein du genre et ce, en préambule, dès la première lettre du bouquin ! « Ah ben putain », fallait trouver quand même comme illustration de la lettre A ! Vous avez vraiment envie d’aller pinailler « rock n’roll » avec un gus qui lance son label rock en 2010 ? Perso je ne m’y risquerais pas trop…

Le décor posé, le petit Robert (en l’occurrence Patrick) du rock est au-delà de tout soupçon et annonce la couleur d’entrée : si vous cherchez à humer les pets mouillés des BB Brunes, les mêches collées des Tokio Hotel ou encore le déo d’ambiance sonore de la première dame de France, vous faites fausse route. Non, le Fond de l’Air Effraie, tout comme les Stooges en leur temps (tables de la loi de notre narrateur enflammé), comme le peu de reconnaissance qu’auront eu les Thugs pourtant bien fournis en atouts pour conquérir le monde. Oui le bouquin effraie.

Tout y fleure bon son petit scandale dans les milieux autorisés (si bien décrits par Coluche), en effet, est ce bien raisonnable, mon bon monsieur, de faire des Nomads « le plus important groupe suédois de l’humanité », et ABBA mon cher Patrick, c’est de la guimauve peut-être ? et réserver la lettre G à Gatechien sous le (presque) seul prétexte qu’ils sont chez vous ? je vous le demande, et Gaga (Lady de son prénom) elle ne mériterait pas un peu plus la place ? Ignare, crasseux ignare, mécréant des charts, inculte du marketing !!! Croyez vous un instant qu’en vous cachant derrière le lourd (dans tous les sens du terme) pseudonyme de Tad nous ne pourrons vous démasquer ?! Même votre ignane tant aimé s’est un jour corrompu avec les forces obscures, et vous l’avez SFR, mieux, votre silence complice en dit long sur votre état d’esprit ! Vous croyez donc qu’en 26 petits articles à la plume plongée dans le goudron, la cendre et le lourd bourbon vous pouvez lutter contre les toutes puissantes majors ? vous croyez leur vider la tête des Raphael et autres insipides rébellions que nous y avons fait entrer à grand coup de pompe publicitaire ? Qui croyez vous aujourd’hui s’interresse encore aux Thee Hypnotics ou aux X-Syndicates ? A la rigueur Neil Young mais franchement… Rye Coalition, non mais, je vous jure, qui ???

Comment, que dites vous ? en ces temps troublés, la musique retrouve peu à peu ses instincts incendiaires ? les jeunes s’abreuvent de moins en moins aux supermarchés de la culture ? le Do It Yourself est dans l’air du temps ? le vinyl se greffe des poils de la Bête ? … La révolution serait donc encore en marche et se fera, une nouvelle fois, sans les dinosaures du passé ? Votre mauvaise foi m’effraie monsieur « Tad » Foulhoux, votre mauvaise foi vous honore, votre mauvaise foi, en se retournant sur le passé, se fait visionnaire, puissiez vous seulement ne pas vous contenter de ce coup d’essai en coup de maître littéraire !

samedi, octobre 15, 2011

Bashung l'imprudent - Bruno Lesprit et Olivier Nuc (2010) - Presque parfait

Bashung l'imprudent - Bruno Lesprit et Olivier Nuc (2010)

Considéré par une majorité de spécialistes du genre comme le seul et vrai rocker français, Alain Bashung nous a quitté il y a maintenant un peu plus d’un an, il était donc grand temps qu'une biographie complète et sérieuse lui soit consacrée afin de revenir sur l’oeuvre d’un artiste qui, s’il fut mystérieux et parfois complexe a suivre n’en demeurât pas moins l’un des poids lourds de ce que l’on appelle pompeusement la chanson française. C’est a cette tache que se sont attelés Bruno Lesprit et Olivier Nuc avec ce très beau Bashung l’Imprudent.


Maintenant que l’histoire de l’artiste a pris fin, il est aise de la remonter à l’envers ou, en tous cas, de la commencer par la fin, puisqu'ensuite, l’ouvrage ne suit jamais un ordre chronologique précis mais aurait plutôt tendance a butiner d’une période a l’autre: des débuts que, par la suite Bashung, qui ne s’appelait encore que Baschung, tentera coute que coute d’effacer de sa biographie encore non écrite au très encense, bien que sans doute un peu surestimé bleu pétrole. De l’imparable Gaby et les portes qui s’ouvrirent alors devant lui au périple américain osant Joséphine. de son bourg natal presque renié, aux trains à travers la plaine, tout y est, emmaillé de témoignages précieux de ses paroliers successifs, de son ex compagne et d’amis de toujours même si dans son cas le terme peut paraitre galvaudé tant l’artiste faisant régulièrement le ménage dans ses connaissances, ou plutôt un grand rangement par le vide,

N’attendez en aucun cas de révélations fracassantes ou sulfureuses de cette lecture, le propos, érudit, reste pudique et n’est en aucun cas porté sur le sensationnel, le scabreux ou le racoleur. La maladie est évoquée, bien sur, mais tout ici est affaire de faits point barre. Un travail minutieux et patient mené par 2 spécialistes incontestés.

Si l on devait faire un reproche au bouquin, ce serait à chercher du coté de cette manie, difficilement compréhensible, à moins de vouloir remplir coute que coute un nombre de pages données, d’y faire figurer toutes les dates (et il y en a beaucoup) en toutes lettres, ainsi doit on se farcir in extenso des mille neuf cent soixante dix sept et autres mille neuf cent quatre vingt dix huit a longueur de pages, ce qui, en tous cas en ce qui me concerne, en ralentit considérablement la lecture, et c’est bien dommage car le reste est tellement passionnant qu'on n’a de cesse de dévorer l ouvrage. une broutille que cette remarque sans doute, mais qui, sur la durée, peut irriter.