lundi, janvier 28, 2013

Nick Kent - Apathy for The Devil (2012)



Nick Kent - Apathy for The Devil (2012)

(Petit) frère british de Lester Bangs, Nick Kent, monument incontournable de la "rock critic", se livre pour la première fois à l'exercice de l'autobiographie et décide de commencer sa vie à 12 ans, âge auquel il rencontre pour la première fois d'une très longue série, les Stones. De Marc Bolan aux New York Dolls, des Sex Pistols à Bowie, de Led Zeppelin à Iggy Pop, en passant par Syd Barrett, les Clash et nombre d'autres, il aura côtoyé tout au long des 70s tout le gratin du rock, partageant même longuement la vie de Chrissie Hynde alors encore inconnue.




Sa plume, immédiatement reconnaissable, il la mettra au service du légendaire New Musical Express (NME), après l'avoir trempée dans la même encre que Truman Capote, Tom Wolfe et quelques autres tout aussi "gonzos". Son esprit, sans cesse au cours de cette décennie, il choisira de le noyer sous un déluge de poudre, d'amphétamines, de speed, d’héroïne et d'à peu près tout ce qui pourra le stimuler, le calmer, le réveiller bref l'égarer. Dès les premières pages, tout à fait conscient de l'état dans lequel il a traversé la période, Nick Kent nous met en garde contre le caractère tout à fait subjectif et aléatoire de la mémoire, rappelant cette vieille blague attribuée par la légende populaire à Keith Richards, selon laquelle "ceux qui peuvent se souvenir des 70s, c'est qu'ils ne les ont pas vécues".

Nick Kent lui les a vécues, et du cœur de la bête même, dans les loges des Stones, en virée anglaise avec les Stooges d'Iggy, en repet avec les Pistols, partageant son speed avec Hawkwind, hébergeant Sid Vicious (qui en prend largement pour son grade dans l'ouvrage) et finissant, comme bien d'autres à la même époque, sous méthadone. "L'essence des seventies s'est produite sur 6 ans, de la naissance de Ziggy Stardust a la mort des Sex Pistols" analyse t'il dès l'entame du dernier chapitre (78/79), le seul de l'ouvrage qui ne soit pas consacré à une année complète. De fait,  de son ascension fulgurante, le hissant au rang de figure de proue du NME, à sa chute, prévisible, il ne se sera guère passé beaucoup plus de temps et c'est cela que Kent raconte aussi, la longue descente aux enfers d'un camé au dernier degré, de sa plume inimitable, mélange de lucidité, d'humour, de panache et, finalement, d'une élégance toute british

Nick Kent nous laisse sur une promesse: celle de raconter "ses" 80s, commencées bien tardivement, quand il se décida finalement à reprendre la plume après une traversée du désert (musical), (ré) enflammé qu'il fut par la découverte des Smiths. C'est dire si ses facultés de défricheur étaient alors mal en point ;)

Nick Tosches - Réserve ta dernière danse pour Satan (2012)


Nick Tosches - Réserve ta dernière danse pour Satan (2012)
 

Pour une raison qui m'échappe quelque peu, je trouve les précédents commentateurs d'Amazon assez durs avec ce livre, et en particulier concernant le travail, tout à fait honorable de la traductrice Hélène Frappat. En effet, en version originale, la plume de Nick Tosches est sans doute ce qui se fait de mieux en matière de littérature rock. Moins folle que Lester Bangs, moi auto-centrée que Nick Kent et tant d'autres aujourd'hui, il s'agit avant tout de la plume d'un esthète, d'un passionné passionnant, d'un véritable amateur éclairé qui sait aller bien au delà de la simple musique.

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Avec ce court texte, initialement paru dans le New Yorker, et quelque peu augmenté dans cet édition, c'est sur les tout débuts du rock, en pleine 50s US, que l'auteur choisi de nous emmener, mais oubliez Elvis et les autres stars du moment car, comme à son habitude depuis Héros oubliés du rock'n'roll, c'est à l'envers du décor que s’intéresse l'auteur. A tous ceux qui se sont fait rouler dans la farine par les producteurs mafiosos, ceux qui chantent sur les disques mais ne sont crédités nul part, ceux qui n'ont jamais reçu un centime des dizaines de titres qu'ils ont pourtant écrit. Bref, une histoire parallèle des débuts du rock pas tout à fait tutti frutti !

128 pages passionnantes écrites sur un train d'enfer... un régal de connaisseur !

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Didier Maiffredy - Rock Poster Art : Sérigraphies de concert (2012)



Didier Maiffredy - Rock Poster Art : Sérigraphies de concert (2012)
 

Des ouvrages sur l'art du poster rock (phénomène encore marginal en France), il en existe finalement beaucoup, mais la plupart du temps, ces derniers ne sont tournés que vers un seul artiste: Brian Ewing, Emek ou encore R. Black. Il existe finalement bien peu d'ouvrages qui balayent tout le sujet, à l'exception de l'incontournable mais très épais et peu pratique Art Of Modern Rock: The Poster Explosion.

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C'est donc avec une jubilation certaine qu'on accueille enfin un livre en français sur le sujet, et quel livre !!! Didier Maiffredy connait son sujet, collectionneur infatigable, organisateurs d'expos, conférencier reconnu et président fondateur de l'association Les Arts du Rock, c'est ici l'oeuvre d'un passionné et quand on sait que c'est Frank Kozik qui préface l'ouvrage, on comprend vite tout le sérieux de ce bouquin.





Plus qu'un simple enchainement de reproductions, c'est une véritable plongée dans cet univers graphique à laquelle on assiste: histoire du phénomène (du psychédélisme au punk, jusqu'à l'explosion contemporaine), panorama de la scène, américaine évidemment, mais aussi mondiale, influences et références (pop art, art nouveau, détournement, etc..), fourmillant de détails techniques (réalisation d'une sérigraphie, modèle économique des artistes), de véritables cours d'histoire de l'art et/ou du rock, le tout, bien évidemment, superbement illustré d'un nombre incalculable d'affiches (d'environ 150 artistes), ainsi que, pour certaines d'entre elles la "version originale" dont elles sont tirées.




Aussi superbe à regarder que passionnant à lire (car oui, du texte il y en a, et pas qu'un peu), sans doute l'ouvrage le plus complet sur le sujet et on le doit à un petit frenchy.... cocorico ;)

En vente ici:





vendredi, octobre 12, 2012

Slut Machine - From Blind to Blue (2012)

Slut Machine - From Blind to Blue (2012)

Avec un nom pareil, des lives suant d’électricité rageuse et un premier album particulièrement bien troussé, les Slut Machine, avec cet EP, décident d’un retour aux sources grasses et fuzz. Finies les incartades Rage Against The Machine dans le genre du surpuissant Jump de l’album précédent, ou les essaies de grawl pas forcément convaincants.

Dès le premier titre, on comprend tout de suite de quoi il s’agit : Collapse est une furieuse charge, sale et méchante portée magnifiquement par une voix digne d’un John Garcia mal léché (c’est dire !), et les choses ne vont pas s’arranger avec la rythmique trash de Cosmic Monster sur laquelle surfe une gratte purement desert rock nous replongeant directement dans les plus belles envolées de Josh Homme au sein de Kyuss. A ma connaissance personne jusqu’à maintenant n’avait tenté ou, en tous cas, réussi ce mariage trash/stoner. 

Et tant qu’à abâtardir le genre, les Salopes (hey ! c’est pas moi hein, c’est leur nom, c’est tout) en viennent à invoquer les 2 voix croisées a la Alice in Chains sur le plus apaisé  (Ain't) No Way Out, ou le superbe Tornado et ses 7 minutes en apesanteur plombée, dans la veine du Eye of the Storm de l’album précédent. On l’avait déjà repéré sur le 1er album avec le superbe Clouds, si en quelques minutes à peine Slut Machine peut déchainer les éléments avec une rage et une énergie impressionnante (allez les voir sur scène) nos lascars ne sont pas manchots quand il s'agit d'étirer les morceaux sans lasser.

Vous croyez que j’exagère ? bah… les petits gars sont tellement sûrs de leur coup que vous pouvez directement aller en juger par vous-même sur leur bandcamp ! 

Wheelfall - Interzone (2012)


Wheelfall - Interzone (2012)

« Comme si Pelican avait enfin décidé d’arréter de se tripoter la nouille pour aller copuler avec un chanteur qui lui aurait ouvert son…spectre musical ». Ainsi pensais je après les 22 minutes de plaisir solitaire que constitue l’écoute au casque du final « Interzone » 

 



Mais reprenons les choses depuis le début, après une petite intro sonore genre post-guerre nucléaire, délicieusement nommée (prelude), histoire d’ambiancer quelque peu l’auditeur (enfin entendons nous dès le départ, ambiancer, ambiancer, c’est pas vraiment du Zouk Machine) on se prend direct la double attaque riff-cymbales immédiatement renforcée par les vocaux autoritaires et pas franchement ravis de Wayne Furter. Dès le premier titre les balises sont posées et le morceau se développe ensuite en un brillant décollage stoner psyché (rythmique plombée/ solo bourdonnant presque aérien).
Jamais a court d’idées, le groupe sait toujours relancer ses morceaux (en moyenne une dizaine de minutes chacun) au meilleur moment (le superbe changement de rythme qui introduit le décoiffant solo au beau milieu de it comes from the mist en est l’un des nombreux exemple). Pareil imagination renouvellée sur la durée d’un album copieux, c’est assez rare, surtout dans le genre, pour être sacrèment remarqué !


Une chose est sure avec pareil album Wheelfall joue définitivement dans la cours des grands. Superbement interprété et produit, le groupe livre un "stoner" (mais le terme est brin trop limité en ce qui les concerne) tout en atmosphère lourde, martiale et, il faut bien le reconnaitre, un brin désespérée. On pense, évidemment, a Neurosis qui n'aurait pas oublie d'appuyer sur la pédale « groove » de ses riffs plombés. 


Unique groupe, pour le moment, de la prometteuse écurie Sunruin, les nouvelles recrues futures vont avoir du boulot s’ils espèrent faire une impression aussi fracassante que leurs ainés !!!