mardi, novembre 01, 2011

Rock français (1977-83) : Chronique d'un rendez-vous manqué - Laurent Jaoui - 2010

Rock français (1977-83) - chronique d'un rendez-vous manqué - Laurent Jaoui (2010)

La France et le rock...vaste sujet que celui là... comment se fait-il que ce petit pays qui est le notre, féru de culture et qui, en son temps, il faut certes remonter aux lumières pour ce faire, rayonna sur le monde, ait offert un si piètre accueil à cette musique par ailleurs si populaire et répendue ?


Les Dogs
C’est a cette question que s’attache à répondre ce passionnant petit bouquin au travers de l’histoire croisée de 3 groupes brillants mais qui ne réussiront pourtant jamais à dépasser le statut d’outsiders prometteurs, jusqu’à ce qu'ils jettent, pour au moins 2 d’entre eux, l éponge minés par le manque de reconnaissance et de succès, et les affres qui s’ensuivent forcément en pareil cas. Bijou, Starshooter et les Dogs, ce sont par le biais de leurs tristes destins que Laurent Jaoui, par ailleurs brillant journaliste sportif, tente de comprendre ce rendez vous manqué entre l’une des musiques les plus importante du 20ieme siècle et la culture hexagonale. En moins de 6 ans, ils auront tout connu et tout tenté, chantant en français ou en anglais, tentant l’aventure hors des frontières de notre petit pays, évoluant d’un rock sans concession à un univers plus proche de la sacro sainte chanson française, c est avec le témoignage de tous les acteurs impliqués de près ou de loin dans l’aventure que l’auteur cherche à expliquer ce mystère.

Starshooter
Manque de bol ? Amateurisme ? Dilettantisme ? Nombrilisme hexagonal ? Non, rien de tout cela, pendant ces 6 années chacun des 3 groupes a, à sa façon, tout fait pour se rapprocher au plus près du soleil du succès. Alors est-ce par défiance à l’égard de cette culture importée par le grand frère américain, est-ce la pesante ombre de l’intouchable chanson française sacralisée par les intellectuels, incontournables en France, est-ce le syndrome Poulidor qui peut expliquer ce loupé ? Un peu de tout cela sans doute. Sans jamais répondre catégoriquement, Jaoui donne des pistes, ouvre de portes, non sans rendre un hommage ému et sincère à ces fantassins passionnés et passionnants de la grande croisade en terre française de la musique binaire.

Bijou
Voila donc un bouquin enthousiasmant, hébergé par une collection qui n’en manque pas (de ce que vous pensez, gros dégoutants, mais surtout de bouquins intelligents) qui se lit comme la biographie croisée de 3 groupes malheureusement souvent sous-estimés, mais aussi comme une réflexion construite et argumentée brillamment sur l’histoire d’amour bancale et décevante entre un pays qui ne manque pourtant pas de public et d’artistes et un musique prompte à a appeler à la révolte, voire à la révolution....Où sont tes armes citoyens ? Où sont formés tes bataillons ? L’étendard (du rock français) sanglant (oh que oui) est-il encore levé ? Vu ce que l’on entend dans les campagnes (et pas que les présidentielles), on est en droit d’en douter.

P. Manoeuvre & T. Guitard – Etre Rock (2007)

P. Manoeuvre & T. Guitard – Etre Rock (2007)

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas tant le boulot de P.Manœuvre qui est remarquable dans ce petit bouquin (très occupe a essayer de redonner une crédibilité rock aux nouveaux radios crochets télévisés, il s'est contente de survoler quelques interviews qu'il a faites au cours de "l'âge d'or" et de traduire quelques refrains) mais plutôt les illustrations d'un Thierry Guitard qui, pour une fois, a délaissé les couleurs criardes dont il abuse dans la revue du rock critic précité pour s'en tenir a un magnifique noir-rouge et blanc. Du coup son trait n'en a que plus d'impact, en témoignent ses illustrations des Ronettes, des Libertines ou du poireautant Lemmy (de Motorhead).


Noirs rouges et blancs, les "textes" le sont aussi avec leur typo aléatoire. Entre dictons de roadies, de bikers, sentences définitives de rock critics locaux ou anglo-saxons, parole de tatoueuse et bien évidemment citations des Stones, des Beatles, d'Iggy, de NTM, des Doors, de Jimi, de Gainsbourg, Bowie ou Leo Ferre, se sont 113 modes d'emplois en 1 ligne du parfait rocker qui sont ici présentés. Le sourire en coin, on remarquera que le père Manœuvre n'a pu s'empêcher de coller ses chouchous déjà oublies les Naast sur la même page que Bob Dylan qui déclarait en 67 que "pour vivre hors la loi, il faut être honnête" alors que Gustave Naast, dont on se demande bien ce qu'il vient faire au milieu de toutes ces légendes prouve, a ceux qui en douterait, tout l'étendue de son talent en déclarant que "pour être honnête, il faut vivre hors la loi", 40 ans après son glorieux aine.

A cette curiosité près, c'est avec plaisir que l'on picore au hasard des pages ces quelques leçons de vie et, si le tout est vite lu, on y reviens souvent, ne serait ce que pour l'esthétisme du graphisme en 3 couleurs du très (trait ?) inspire Thierry Guitard.

P. Manoeuvre et M. Meier - Les enfers du Rock (2009)

P. Manoeuvre et M. Meier - Les enfers du Rock (2009)

Depuis la nuit des temps, ou plutôt depuis Robert Johnson et sa rencontre à la croisée des chemins (crossroads) jusqu'aux extrémités sanguinaires des groupes de black metal scandinaves, le Rock et le Malin ont toujours marché main dans la main. On connaissait le penchant inavoué de P. Manaeuvre pour l'occultisme (en témoigne le passage de Pacôme Thiellement dans les colonnes de Rn'F) mais, alors qu'il avait fourni un travail minimal lors de la rédaction d'Etre Rock (précédent opus de cette brillante collection), on découvre aujourd'hui le rock critic légendaire particulièrement inspiré quand on en vient à aborder le sujet du flirt appuyé de la musique avec les forces obscures.


Ainsi donc, en plein concert d'AC/DC au Stade de France, notre bon ami est soudain frappé d'une révélation, toute la musique qu'il aime elle ne vient donc pas de là, non elle ne vient pas du blues, mais plutôt des entrailles de la terre, de la fournaise qui y bouillonne et de son Master of Ceremony cornu. Partant de cette révélation, Manaeuvre remonte le fil de l'histoire jusqu'au blues primaire, aux condamnation d'Elvis par le Vatican, aux Cochran et autres JL Lewis, puis vient le tour des glorieuses 60s et leur lot de morts à 27 ans (Jim, Jimi, Janis à la liste desquels viendront s'ajouter Kurt et quelques autres), Beatles, Stones, Zeppelin et autres Sabbath ne sont évidemment pas en reste, le punk, le metal (grand consommateur d'imagerie fourchue) le tout pour finir par le Roi Lézard himself confirmant que...this is the end.

Chaque chapitre est l'occasion de revenir sur la carrière d'un groupe ou d'un mouvement avec forces anecdotes, plus ou moins infernales, mystères et événements inexpliqués. La plume du petit Philou est, bien évidemment, fidèle à sa légende rendant la lecture (le dévorage plutôt) particulièrement agréable.

Si, pour Etre Rock, c'était Thierry Guitard qui s'y était collé pour les illustrations dans un superbe noir&blanc rouge, c'est la talentueuse Marie Meïer qui s'y colle aujourd'hui, illustrant chaque page d'une aeuvre où, à son habitude, on retrouve mêlés gothisme, mysticisme et kustom kulture. Marchant dans les pas de ses glorieux anciens (Rick Griffins bien sûr mais beaucoup d'autres...), c'est le pourpre, cette fois, qui vient « égayer » son noir et blanc assuré pour le plus grand bonheur des yeux !

2 talents sûrs du petit monde du rock au service de la Bête... çà fait frémir !

JS. Cabot & P. Robert - Hard 'n' Heavy, 1966-1978, Sonic Attack (2009)

JS. Cabot & P. Robert - Hard 'n' Heavy, 1966-1978, Sonic Attack

Black Sabbath, Deep Purple, Led Zeppelin, çà vous dit quelque chose ? bon, Pink Fairies, Nazareth ? mouais ? de nom ? vous êtes déjà un connaisseur, et Granicus, Sir Lord Baltimore ou Yesterday’s Children ? là pour la peine pas du tout ? Alors une chose est sure, ce livre est pour vous.




Après une introduction qui familiarisera les moins connaisseurs avec le genre et qui régalera les aficionados qui se posent encore la question de la différence entre Hard Rock et Heavy Metal, intro qui aura aussi le bon gout de rappeler à quel point ce style de musique a pu être, et continue d’ailleurs à être, décrié alors qu’un public sans cesse plus nombreux vient peupler ses cathédrales et ses chapelles de plus en plus pointues, après une intro passionnante donc, c’est plus d’une centaine d’albums allant des origines à 1978, des plus connus aux plus obscurs, qui sont chroniqués par les auteurs avec le bon goût, à chaque fois, de renvoyer, en fin de chroniques, le lecteur à d’autres chefs d’œuvres oubliés qui pourraient aussi lui plaire dans le genre.

Érudits nos 2 hommes le sont sans aucun doute, Jean- Sylvain Cabot ayant été une plume remarquée chez Rock n’Folk dans les années 80 et spécialisé dans les musiques « énervées » alors qu’on ne présente plus l’immense Philippe Robert. C’est peu dire qu’ils connaissent leur sujet, même si on peut se demander, à la lecture de l’intro, pourquoi donc ils tiennent tant à mettre Sunn O))) en avant comme renouveau du genre, alors que, sans sous évaluer aucunement la musique du groupe, tant d’autres ont contribués et contribuent encore aujourd’hui à faire évoluer le genre vers de nouvelles frontières ?!

Un tome 2 allant jusqu’à aujourd’hui devrait voir le jour très prochainement et c’est avec une impatience et une gourmandise non feinte que l’on attend d’avoir les lumières de ces messieurs sur les cas Motley Crue, Saxon, Maiden, Metallica, Guns n Roses, Kyuss, Monster Magnet, Sepultura, System of a Down et plein d’autres que je n’oublies bien évidemment pas mais que je n’ai pas la place de citer ici.

Iggy Pop - I Need More (2001) / I need More....books like this one !

Iggy Pop – I Need More

L’autobiographie officielle de monsieur Iggy Pop, hallucinée, drole et déjantée. A l’image de l’iguane et de ses Stooges de compagnons





Comme une chanson des Stooges, I Need More est sale, violent, efficace, sans fioriture et pourtant passionnant, envoutant.... I need more, c est Iggy, tout ce qui y est raconté est effroyablement rock n'roll, borderline, mais toujours sur un ton amusé (amusant) un peu détaché, comme noyé dans les vapeurs du sexe, de la drogue et du rock n' roll ....

Au moins une fois par an, réservez vous quelques heures (pas trop quand meme), poussez la sono a fond (j'opterai pour FunHouse, mais Raw Power ou le 1er feront parfaitement l'affaire), assurez vous d avoir un bon stock d'alcool costaud, et votre substance prohibée préférée a portée de la main, une compagnie féminine agrémentera agréablement le tout et, pendant quelques heures, entrez dans le grand rock n'roll circus de l Iguane !!