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mercredi, février 22, 2012

Major Lazer - Guns Don't Kill People... Lazers Do (2009) / 30 ans de Dancehall sur un disque

Major Lazer (2009)

"Tu connais pas Major Lazer ?", le mec a l'air de ne pas y croire et pourtant...jamais entendu parler. "C'est un peu un Gorillaz ragga", la mon oreille se tend et mes sens s'éveillent. Premier titre un dancehall très 90s bien servi par Mr Lexx et Santigold, un son bien rampant, pas de problème, j'accroche. Puis vient WHen You Hear the Bassline, feat Thing, moins accrocheur mais bon flow de Ms Thing sur un son très sourd, genre Drop It Like It's Hot du Snoop, pas mal, avec interventions du Selecta en chef, rien ne manque. Mr Vegas et Jovi Rockwell s'invitent ensuite pour un titre très roots, et on recule d'une décennie pour se retrouver un son Barrington Levy et un Mr Vegas plus roots qu'a son habitude. Passage dub, rien a redire il commence bien ce petit album qui en trois titre résume 20 ans de dancehall.

Évidemment le Lazer Theme se devait d'être a la hauteur et il l'est, sur une basse très Cure (The Cure pas Jah Cure) Future Trouble convoque les fantomes des toujours vivantes plus grandes figures du dancehall actuel. Encore une réussite, décidemment. Turbulence vient faire son Beenie Man sur un Anything Goes tres boogle. Mouais... Nouveau bond temporel pour se retrouver en plein XXI eme siècle avec un Cash Flow typiquement Nu Roots/ Conscious, rythmique organique, paroles rastas engagées, il est dingue ce Major Lazer, il reussit tous les styles qu'il touche le gus! Suit un boogle a la Goran Bregovic avec sa caisse claire et ses cuivres bouches, on a le droit de moins apprécier... Le défilé de guests de prestige se poursuit avec TOK et il faut attendre le 10 eme titre pour tomber sur une horreur Dance RnB Lover du plus mauvais gout, du sous sous sous Sean Paul, c'est dire.

Au final de Gorillaz je n'ai pas trop vu si ce n'est l'impressionnante quantité de guests remarquables, mais de dancehall ca par contre j'en ai entendu, et du bon avec en prime le plaisir d'en balayer les différentes incarnations temporelles même si la part belle revient aux 90s. Si vous ne vous êtes toujours pas remis des Virus et autres Medina Riddim, Major Lazer est pour vous!

Karimouche – L’Emballage d’Origine (2010)

Karimouche – L’Emballage d’Origine (2010) - Piaf meets Lady Saw chez Renaud

Atmosphère ? Atmosphère ? Vous trouvez qu'elle a un flow d'atmosphère la miss Karimouche (et pas avec le coude ) ? Si d'atmosphère il y a, outre son label, c'est bien celle de l'époque racontée avec bagou et gouaille comme une titi parisienne lyonnaise qui aurait été chercher sa diction tout en rap - ragga dans les banlieues dites difficiles. Une Arletty de Sarcelles (Atmosphère et ses charters complets pour Bamako), en quelque sorte, une lointaine cousine de Lady Saw, son petit béret et sa baguette (enfin une campagnarde, ou des champignons, s'il y en a) sous le bras. Kingston à la croix rousse.


Comme une Diams qui du haut de sa tour raconterait ce qui se passe sous ses fenêtres sans jouer aux mères la morale, sans larmoiement inutile, entre autodérision et constat désabusé sur tout un chacun. Sur le disco Je Parle Trop, Karimouche ne s'en cache pas : c'est plus fort qu'elle, elle parle comme elle respire, et quand on voit à quelle vitesse et la souplesse avec laquelle elle débite ses états d'âmes on se demanderait presque quand elle trouve, même, le temps de respirer. Un accordéon discret par ci, par là, un xylophone, tout ce qu'il faut pour la créer cette fameuse atmosphère urbaine, franchouillarde et ses mots sans âge que l'on trouve au détour d'une rime (qui dit encore mornifle au XXIeme siècle ?).

Vous allez me dire, du reggae français, ça va, on commence à en avoir soupé, et pas du meilleur. Mais plutôt que de classer Karimouche dans cette catégorie typiquement hexagonale, c'est plutôt dans la tradition de la chanson française futée, entêtante et badine qu'il faudrait ranger la miss Mouche, tant l'univers musical est avant tout mise au service de petites vignettes de vie (comme Firmin sur lequel plane l'ombre affectueuse de mamie Piaf). Elle le dit elle-même, elle peut chanter du Cloclo et du Renaud et c'est vrai qu'il y a du chanteur à la cheutron sauvage dans cette façon de poser de petites histoires poétiques et théâtrales qui n'ont l'air de rien, mais drôlement bien tissées.