mardi, octobre 11, 2011

Hubert Mansion - Tout le monde vous dira non (2010) - En apnée dans le showbiz

Hubert Mansion - Tout le monde vous dira non (2010)

Dans un milieu artistique finalement aujourd’hui bien plus occupé par l’argent que par l’art à proprement parler qui d’autre qu’un avocat d’affaire pourrait être mieux placé pour se permettre de donner quelques conseils à ceux qui espérent encore pouvoir émerger dans le milieu du simple fait de leur talent ou de leur foi ? Un artiste ? Dans un monde idéal ce serait logiquement à lui que reviendrait ce rôle, malheureusement souvent coupé des réalités économiques et pris à la gorge par les impératifs de rentabilité de ceux qui le font vivre, la voix de l’artiste, pour porteuse d’espoir qu’elle puisse être sera rapidement couverte par les hauts cris des boursicoteurs et autres investisseurs à la recherche du profit immédiat. Un financier alors ? Le propos serait alors économiquement viable (quoiqu’au vu des brillantes analyses que ces derniers pondent régulièrement, souvent démenties par les faits on puisse même en douter) mais il ne fait aucun doute qu’il serait au moins aussi indigeste que coupé du monde artistique, l’art de la finance étant le seul à si peu faire réver.


Non, une des grande qualité de cet ouvrage vient du fait d’être rédigé par un médiateur des deux mondes qui connait parfaitement son sujet: un avocat spécialisé ayant fréquenté artistes, managers et maisons de disques pendant plus de 25 ans. Evidemment dit comme ça, on est en droit d’être un peu inquiet quant au contenu du dit bouquin ? Succession de textes législatifs ? Cours de marketing accéléré ? Initiatition aux arcanes du pouvoir culturel ? A y penser on frôle déjà l’indigestion, mais, dès les premières pages on est rapidement rassuré, oui il y a un peu de tout cela dans l’ouvrage mais surtout beaucoup d’anecdotes croustillantes, qui redonneront espoirs à tous ceux qui ne veulent pas se résoudre à passer par la starac et ses ersatz pour réussir. D’une neutralité bienveillante, Hubert Mansion ne tire pas à boulets rouge sur l’industrie musicale, comme c’est très à la mode en ce moment, il ne propose pas de recettes miracles aux stars en devenir mais se contente plutôt de mettre en lumière les pièges à éviter, les cartes à jouer et surtout rappeler quelques unes des régles incontournables si on veut à son tour être de la partie, qu’on soit artiste, producteur, manageur ou même simple curieux.

On commence à avoir sacrément l’habitude avec les éditions Autour du Livre, mais on ne s’en lasse pas, une nouvelle fois c’est un livre qui se dévore comme un bon polar, jamais fastidieux ou grandiloquent, toujours drôle et instructif, quelque peu à contre courant, bref un bouquin piquant qu’une fois piqué vous aurez bien du mal à lacher. Un conseil, débrouillez vous quand même pour trouver un moyen de le poser de temps en temps sinon vous risquez de ne plus avoir de temps à consacrer à ce qui vous interresse le plus finalement, votre carrière dans un business à nul autre pareil …. Le show !

dimanche, octobre 09, 2011

Gilles Verlant & Jean-Eric Perrin - Les miscellanées des Beatles (2010) – A réserver aux passionnés


Gilles Verlant & Jean-Eric Perrin - Les miscellanées des Beatles (2010)

On en présente plus Gilles Verlant, auteur de biographies magnifiques (Serge Gainsbourg au hasard), d’odyssées du rock et d’ouvrages multiples ayant trait aux musiques que nous aimons. Peut être moins connu du grand public, mais non moins talentueux, Jean-Eric Perrin est un spécialiste des musiques actuelles et des mouvements sociaux et culturels qui leur sont associés, passé par Rock n’Folk, Best puis R&B Magazine. Alors comment ces 2 là se sont ils rencontrés, cela reste un mystère que nous leur demanderons peut-être d’éclaircir un jour mais, ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est qu’ils aient joint leurs plumes pour pondre ces miscellanées des Beatles, véritable ovni dans la production littéraire dédiée au rock et aux musiques sœurs.


Oui, un tel bouquin fait vraiment figure d’ovni. Non par le sujet qu’il traite : les Beatles, après tout les 4 garçons dans le vent ont eu plus que leur compte de parutions diverses et variées dont l’intérêt va du passionnant au totalement anecdotique, mais plus par la forme et le contenu de l’objet. Véritable encyclopédie bordélique des moindres faits et gestes du quatuor, Les miscellanées des Beatles se parcourent plus qu’elles ne se lisent vraiment. On ouvre une page au hasard et on y apprend que Don’t Pass By Me a eu comme titre de travail Ringo’s Tune puis This is Some Friendly, on découvre au passage nombre d’autres titres finalement pas retenus et qui donneront Yesterday, Eleanor Rigby ou encore I Saw Her Standing There. Une nouvelle page piochée au hasard vous apprendra la chanson sur laquelle les Beatles chantent Frère Jacques ou, une autre qui vous expliquera la composition exacte de la batterie de Ringo. Le tout est joyeusement bien écrit, d’une écriture pop qui, évidemment, fait merveille quand on pense au sujet traité.

Alors, si vous vous êtes toujours demandé quels artistes ont repris She’s a Woman, ou n’importe quel autre titre de nos Fab Fours, si vous avez toujours hanté par le fait de savoir à quelle adresse habitait Ringo en 65 ou ce qui se cachait derrière la division Zapple du label Apple, alors ce livre est pour vous et de longues heures de lecture aux toilettes vous attendent (croyez en mon expérience).

Si, par contre, votre amour des Beatles se limite à l’écoute d’une ou deux chansons de temps en temps, si vous estimez que connaître les prénoms des 4 héros est déjà assez largement suffisant pour votre culture beatlesiennes, passez peut être votre chemin pour la plus grande joie de votre famille qui pourra ainsi satisfaire à ses besoins naturels sans être obligée de faire le pied de grue pendant des heures.

vendredi, octobre 07, 2011

Harry Shapiro - Waiting for the Man (2008) - Indispensable

Harry Shapiro - Waiting for the Man (2008)

Que peuvent bien avoir en commun mods et rastamen, jazzmen d'avant guerre et techno kids, punks et bluesmen itinérants du début du siècle dernier, hippies babas cools et metalleux aux semelles plombées ? Leur amour de la musique, fut elle multiple et différente ? Certes oui, chacune de ces tribus a sa musique, ses héros et ses prophètes, son histoire et ses rites, mais au delà de l'univers musical qu'est ce qui peut bien rapprocher ces mondes d'apparence si différents ?


Allez, je suis sur que vous allez trouver, cherchez bien...mais oui, vous y êtes...c'est ca, la drogue, enfin, la drogue...plutôt les drogues, des dérivées opiacés (alors en vente libre) des bluesmen ambulants aux ecstasys des soirées ravées, la culture musicale a toujours été accompagnée des éléments naturels ou chimiques propres à se libérer des conventions castratrices. C'est cette histoire passionnante et riche en rebondissements que les éditions qui sentent le soufre ont décidé de nous narrer aujourd'hui dans un épais ouvrage qui jamais ne donne dans la démonstration savante ou le parti pris au choix moralisateur ou dévergondé.

N'omettant aucun des aspects du sujet, si ce n'est certaines de ses conséquences, nous voila plonge dans une véritable histoire des musiques contemporaines, du blues a la techno, sous le prisme forcement déformant des substances (qui ne furent pas toujours) prohibées. Rien ne nous sera cache, ni ou ni comment s'en procurer, ni l'histoire précise de la prohibition des origines a nos jours, ni les épisodes les plus glorieux ou farfelus auxquels une consommation frénétique donna lieu.

Cette somme se lit d'une traite, comme un voyage éclair dans le temps musical, au sujet duquel le seul reproche que l'on puisse faire, s'il faut vraiment en trouver un, est d'être uniquement centre sur un point de vue anglo-saxon, mais après tout, toute la musique que l'on aime, elle vient de la, elle vient du blues !

mercredi, octobre 05, 2011

Collectif – Rock Critics (2010)

Collectif – Rock Critics (2010)

Même s'il comportait déjà quelques extraits de temps en temps, suivant les plumes étudiées et leur importance dans l'histoire de la littérature rock, la référence, que dis je, la Bible de Denis Roulleau, aujourd'hui malheureusement épuisée mais, parait il, en cours de réédition, le Dictionnaire raisonné de la littérature rockx, ne permettait pas de rendre justice a tous ces auteurs magnifiques habites par la même passion de la musique et du rock en particulier.


Comme l'ancien et le nouveau testament, ce Rock Critics est le complément indispensable de l'ouvrage précité, et ce n'est pas un hasard si c'est Denis Roulleau lui même qui en assure la préface. A l'exception, assez singulière d'ailleurs, d'Yves Adrien (et son incontournable chant du blues électrique), tout ce que la France compte ou a compte de gratte héros (contraction de gratte papier et guitar hero) est ici présent. Non sous forme biographique. Comme c'était le cas dans le dictionnaire raisonné, mais au travers de textes souvent fiévreux, semés au hasard des magazines et autres publications aujourd'hui disparue ou rongées par le temps et l humidité, éclairs de plume témoins d un mouvement, d une époque, de légendes naissantes ou de galères dont on fait les meilleurs souvenirs, Bayon, Assayas, Eudeline ou Ardisson (dont on se demande un peu ce qu'il fait là) pour n'en citer que quelques un (sans parler de ceux qui ont décliné l’offre Y.Adrien, malheureusement, et P.Manoeuvre, sans doute plus occupé à s’assurer que Voici a bien gommé ses bourrelets dans son dernier numéro), chacun a droit a 2 de ses textes les plus emblématiques. Les plus inspires ou les plus assourdissants.

De ces auteurs. Parfois complètement inconnus du grand public. Qui est le plus talentueux. Le plus brillant, le plus inspire? Allez donc savoir. comme la musique qu'ils font revivre au fil des pages, chacun a ses adorateurs. Ses chapelles. Ses fans. Vous êtes capables vous, par exemple, de dire comme ca qui d Hendrix, Slash; Jack White, Kelu ou Clapron ,mérite a tout jamais de figurer au panthéon de la gratte? Pas moi, c est une question de gouts, de moment et de .... Sensations. Il en va de même pour les écrivains rock comme on le fait, depuis l'invention du CD, on zappe ici d'une page à l'autre, au hasard d'une phrase, d'un riff de plume, on s'arrête, on en redemande, on se laisse gagner par l urgence, l'électricité, le sexe et la stupeur couchée la sur le papier.

Aval d esthète, le choix des textes présentés rend honneur à chacun des auteurs, et le seul regret que l on puisse avoir au terme de pareille lecture est que personne encore, pour le moment, n ait eu l'idée de publier une anthologie complète des textes d untel ou de tel autre.

Peut-on légitimement rêver qu'un jour un tome 2 de ces plumes branchées dans la prise voit le jour? Oui, on peut en rêver, c est d ailleurs a cela que servent et la musique et la littérature, 2 véhicules indispensables des voyages immobiles. Véhicules électriques, il va sans dire.

Hunter S. Thompson : Dernier tango à Las Vegas : Gonzo Papers (2010)

Hunter S. Thompson : Dernier tango à Las Vegas : Gonzo Papers (2010)

Pour beaucoup, l'œuvre de Hunter S Thompson se résume au fantastique et délirant Las Vegas parano, superbement porte à l'écran il y a quelques années avec un Johnny Depp plus vrai que nature dans le rôle du grand écrivain. Grand écrivain, Dites-vous ? Oui, carrément, n'ayons pas peur des mots, car rare sont ceux qui, en littérature, ont eu l'audace d'inventer un style, un genre même, a part entière et Thompson est de ceux-là. Si l'on se retourne sur le XXIème siècle qui vient de s'achever et plus encore sur sa deuxième moitie, si riche cinématographiquement et musicalement parlant, à part le gonzo journalisme dont Thompson est le père assume et l'un des rares représentant, quelle autre aventure aussi radicale a-t-elle été testée sur le papier? A ma connaissance rien de comparable, rien d'aussi déjanté, d'aussi extrême, d'aussi addictif. C'est pour cela que l'on est vraiment en droit de se réjouir de l'heureuse initiative des éditions Tristam qui se sont mis en tête de publier l'intégralité de l'œuvre non encore traduite en France de l'écrivain qui décida de nous quitter un jour de 2005. 5 tomes sont prévus et, même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'inédits en ce qui concerne les 2 premiers qui viennent de paraître, il n'en reste pas moins qu'ils renferment quelques-unes des pages les plus passionnantes qu'a pu écrire l'auteur, en tous cas jusqu'à ce que l'on puisse juger de l'ensemble de son œuvre une fois traduite.


Je vous l'accorde, la politique n'est pas toujours passionnante, surtout sur le papier et qui plus est encore quand il s'agit d'histoires qui ont plus de 30 ans maintenant et qui mettent en scène des hommes dont, pour la plupart, nous n'avons jamais entendu parler et sur lesquels on a bien du mal à mettre un visage, a l'exception près du haï Nixon, personnage principal du Fear and Loathing on the Campaign Trail qui occupe une grosse partie de ce premier tome. Il s’agit donc d’une plongée au cœur de la campagne présidentielle américaine de 1972, avec un Thompson embendded (comme on ne disait peut être pas encore à l’époque) dans les bagages du camp démocrate où l’auteur peut se livrer à loisir à son activité favorite. Couvrir les faits, rien que les faits tous les faits, avec une dose de subjectivité, d’ironie, d’analyses personnelle souvent juste, parfois quelque peu bancale,  aidé en cela par de grands renforts d’alcool et de substances plus ou moins licites. Du grand n’importe quoi sur un sujet sérieux serait-on alors sans doute amener à penser, si Hunter S Thompson ne faisait pas preuve, à cette occasion d’un extraordinaire lucidité quant aux choses politiques,  au microcosme des types qui gravitent dedans (une belle bande d’escroc en particulier dans l’équipe du futur vainqueur) mais ce qui frappe surtout c’est l’originalité et la finesse de ses analyses qui font que, près de 40 ans plus tard, (re) lire ces pages reste toujours aussi passionnant et instructif quant au fonctionnement de nos démocraties.

Hunter déteste profondément Nixon et son système, et l’élection de ce dernier (avec lequel il n’a finalement qu’un seul point commun, la passion du football US) sera un événement aussi douloureux pour lui, que sera jubilatoire la longue descente aux enfers du président, et sa démission finale, au moment du scandale du Watergate, superbement relaté aussi dans cet ouvrage, sans que pour autant l’on ne perde son temps à descendre dans les détails techniques de l’affaire. Il faut lire ses pages pour ressentir toute la passion, la hargne et l’effervescence de l’auteur en ces heures sombres pour l’Amérique, Personne, sans doute ne racontera plus jamais la politique comme Thompson l’a fait au long des quelques papiers ici rassemblés. Non, car la politique est, pensent les milieux autorisés, comme disait Coluche, affaire bien trop importante pour être traitée par des journalistes tout à fait incontrôlables et capable de penser par eux même en dehors des sentiers battus. Un journaliste qui assiste, assez impuissant finalement, à la mort du rêve américain, préférant se perdre dans l’alcool, les drogues et une certaine folie.

Plus encore que lorsqu’il couvre les campagnes de Nixon ou de Carter, la folie de Thompson atteint un paroxysme, qui n’est pas sans rappeler Las Vegas Parano (dont on retrouvera d’ailleurs au hasard de ces quelques 460 pages, l’avocat Oscar Acosta plus fou et énigmatique encore), lors de l’épisode de la grande chasse au requin, où Thompson, pour se remettre de la claque de l’élection de Nixon part au Mexique couvrir un concours de pêche au gros auquel participe quelques fortunés convives. On s’en doute, le tout se fini à tombeau ouvert dans un déluge d’alcool et de drogues incontrôlé, un tourbillon  qui se lit d’une traite entre fièvre et parano.
Afin d’être vraiment complet, il faut aussi noter que ce premier tome aborde une partie méconnue et pourtant importante de l’œuvre de l’auteur, à savoir son activité de journaliste sportif, au travers d’un portrait de Muhammad Ali toujours dans le plus pur style gonzo.

C’est donc avec impatience que l’on attend la suite de l’œuvre de cet écrivain trop méconnu sans doute car trop cynique et dangereux. Excès, humour et capacité d’analyse sont-ils les ennemis du grand écrivain ? Toute proportion gardée, allons demander, en bons petits français que nous sommes, son avis à …. Victor Hugo ? ;)