jeudi, octobre 27, 2011

Arnaud Huber - Toi, Moi & Morrissey (2010) - Beau et sensible

Arnaud Huber - Toi, Moi & Morrissey (2010)

Houlaaaa alors voilà donc un bouquin écrit par un fan de Morrissey ? Avant même d’en ouvrir les pages, le peu que l’on puisse dire est que l’on craint le pire. Un fan de Morrissey, après tout que peut il y avoir de pire, quel genre de fan peut il être plus “fanatisé” qu’un trentenaire fan de Morrissey. Je ne parle pas ici de fans pré-ados qui adorent leurs idoles parcequ’elles sont “trop craquantes” non, ces fans là on sait à quoi s’en tenir, on se garde bien de les juger parcequ’on en est tous un peu passé par là, mais les fans trentenaires qui ne se sont toujours pas remis de leurs admirations de jeunesse, là, oui là vraiment on est en droit de frisonner d’horreur !


C’est donc un peu à reculons que l’on se lance donc, en tous cas dans mon cas, dans la lecture de ce Toi, Moi & Morrissey. Mais très rapidement on se rassure, non, Arnaud Huber n’a rien d’un fan maniaque du Mose, et encore moins des Smiths, disons qu’il les a croisé toute sa jeunesse mais qu’il n’en a fait connaissance que sur le tard. Tout celà ne l’empêche pas de se rendre assister au concert de Morrissey aux Eurokéennes un jour de coupe du monde de foot.

C’est de là que, naviguant d’Echobelly à Superdiscount, d’A-ha à Veruca Salt, Arnaud Huber remonte le cour de sa mémoire sentimentale. Ses premiers émois et son adolescence complexée, peines de coeurs et passions brulante, tout le monde s’y retrouvera un peu dans cette histoire. Allant et venant de la 1ere à la seconde personne du singulier, le récit semble présenter 2 personnages, un Arnaud actuel, les 2 pieds plantés dans la boue du festival dans l’attente du quart de final France Brésil et son double passé. 2 voix qui donnent du relief au récit, constitué, on s’en doute donc, de nombreux flashbacks.

Que vient faire Morrissey dans tout celà ? et bien Arnaud en est un fan discret, plutôt que fan d’ailleurs, disons qu’il l’apprécie et, au fur et à mesure des pages on le comprend de mieux en mieux (on comprend Arnaud je veux dire, enfin, à la réflexion, on comprend aussi qu’Arnaud apprécie Morrissey). Tout comme les textes et la musique du chanteur, dont je suis très loin d’être un spécialiste et dont je me permettrais de parler plus par impression que par réelle érudition, donc, tout comme les textes et la musique des Smiths, l’histoire d’Arnaud est toute empreinte de nostalgie, de mal être adolescent et de rébellion en chambre, d’occasions manquées, de timidité et de romantisme bien sûr. La sensibilité et le romantisme de l’auteur sont idéalement illustrés par une plume touchante, sans être maladroitement larmoyante ou exagérément torturée.

Finalement on se retrouve avec un roman à l’opposée de ce que l’on pouvait craindre, pas de fanatisme aveugle et érudit, pas d’histoires adolescentes cucul la praline, mais des souvenirs en pagailles qui vous reviennent à la figure, des “déja vu”, des sourires complices à l’auteur quand bien même vous auriez peut être plutôt opté pour Toi, Moi & James Hetfield ou Toi, Moi & Bob Marley en premier choix.

Un style au service d’une émotion, une musique au service d’une vie, c’est un peu tout celà Arnaud Huber et çà fait chaud au coeur !

mercredi, octobre 26, 2011

Chris Welch - The man who Led Zeppelin : L'incroyable odyssée de Peter Grant, le cinquième homme (2009) - Loin de tenir ses promesses


Chris Welch - The man who Led Zeppelin : L'incroyable odyssée de Peter Grant, le cinquième homme (2009)

Cinquième homme de bord du zeppelin plombé, et sans doute le plus à même de témoigner du vol du dirigeable dont l’ombre plane et planera toujours sur la musique, Peter Grant, aura été le manager de Led Zeppelin des débuts jusqu’aux dernières heures. Physiquement impressionant, tenant autant du catcheur que du biker, avec des méthodes de mafieux de base, c’est peu de dire que Peter Grant fera profondément, et à lui tout seul, évoluer le métier de manager, passant du statut de gentil accompagnateur et chauffeur, à celui de gestionnaire, garde du corps, bras armé et executeur de basses besognes plus ou moins licites en tous genre.


La formation pour devenir manager du plus grand groupe de rock n’roll lourd du monde ? catcheur, puis manager de Chuck Berry, des Everly Brothers et de Gene Vincent. Finalement c’est presque à la portée du premier venu, si ce n’est que Peter Grant est loin d’être le premier venu. Sens des affaires et méthodes convaincantes feront effectivement de lui un manager hors norme, respecté de son groupe, on ne peut plus hors norme et incarnation la plus crédible qui puisse être d’un zeppelin plombé humain. On se doute qu’avec pareil CV, la biographie de l’homme doit être plutôt passionnante et insolite. 12 ans au service de Led Zep, il doit bien en rester quelques anecdotes croustillantes comme des groupies à point.

C’est là que le livre déçoit quelque peu… D’anecdotes rock n’roll et, plus encore, d’anecdotes inédites sur le groupe, on ne trouve finalement ici que très peu de trace. Bien que le personnage abordé soit un monument historique de cette culture et un témoin privilégié, un acteur privilégié aussi tant il était directement lié au groupe, on a vraiment beaucoup de mal à s’interresser au récit bien sage de ses aventures au sein du rock n’roll circus. Non vraiment, c’est à peine si les jets de TV par la fenétre des hotels sont abordés et, quand on connait le nombre de légendes qui courent sur les after shows du groupe, on reste complétement sur sa faim. Voilà pour le fond. Quant à la forme, on peut parler d’une forme de littérature télévisuel, le récit de la vie de Peter Grant étant sans cesse émaillé de témoignages divers et variés, rapportés tels quels entre 2 guillements qui rend, surtout quand les témoins d’une même scène sont nombreux, difficile le suivi du récit et pour le moins haché. Même avec la plus mauvaise foi du monde, il est difficile d’imputer ce genre de problème au traducteur, comme il est de coutume lorsque l’on trouve qu’un livre est mal écrit et que l’on voudrait quand même croire qu’il n’est pas si mauvais que cela.

Malheureusement donc, malgrè un titre excellent, une couverture de toute beauté et un sujet en or, riche de promesses, ce Man who led zeppelin tombe un peu à plat. Il y a suffisament de livres dédiés au groupe comme çà pour que vous ne perdiez ni votre temps, ni votre argent avec celui-ci, ce qui est finalement bien dommage car l’approche proposée pouvait laisser espérer beaucoup mieux.

Thierry Tuborg - Rock'n'roll Psychose (2010) - Un polar noir comme un vinyl

Thierry Tuborg - Rock'n'roll Psychose (2010)

“Ecrire sur la musique, c’est comme danser sur l’architecture. C’est quelque chose de très stupide”. Ainsi parlait Franck Zappa. Fort de cette pensée profonde, Thierry Tuborg, figure émérite de la scène rock française ( chanteur du groupe Stalag (1978-1982), puis de Stalingrad (2004-2008), n’a pas hésité depuis quelques années à se lancer dans la littérature mettant au service de ses histoires une plume définitivement rock, vive et électrique, désabusée et vénémeuse.


Non Thierry Tuborg n’écrit pas SUR le rock, il écrit rock, tout court, une écriture au service du polar qui nous occupe aujourd’hui. Négre (Pascal ?) d’un grand éditeur reconnu, Rémi Bacalan a bien des points communs avec l’auteur. Lui aussi fut chanteur d’un groupe, Stockholm avant de se faire, volontairement et avec son aide, piquer la vedette (et sa place) par Allison (fille de son éditeur) qui aménera l’aventure au niveau international. Que ne ferait on pas, par amour, allant même jusqu’à offrir son propre groupe sur un plateau ? Voilà donc Rémi Bacalan, ours parfait, n’acceuillant jamais personne chez lui, pris dans le tourbillon d’un double meurtre. Allison et Vincent Volt son producteur sont retrouvés assassinés coup sur coup. Mince point de départ pour cette plongée dans les modes parrallèles de l’édition littéraire et musicale. Mince point de départ, oui, mais dont l’auteur fait un petit roman captivant, tout entier rythmé par sa plume directement branchée dans l’ampli de l’auteur. Pas d’effets ici, non, de l’énergie brute, point final. Comme un riff anodin qui, posé sur une rythmique implacale et joué tout entier au feeling du guitariste, devient un riff assassin, la petite histoire de meurtre se transforme en polar noir….comme le vinyl ou, bien entendu, comme le cuir d’un blouson ou d’un imperméable d’inspecteur malsain.

Loin d’un name dropping mondain à la Alain Pacadis, Thierry Tuborg prend prétexte de l’enquète pour rendre hommage aux hommes de l’ombre du milieu du rock, ces passionnés des petits labels indépendants, ces tourneurs (presque) désintérressés, ces patrons de salles à Pais, à Bordeau ou n’importe où ailleurs en France sans qui la musique se limiterait à la starac. Bref un monde en sursit avec la passion en perfusion. Evidemment on croise Anne Roumanoff, Grand Corps Malade ou encore Amélie Nothomb, mais surtout le Mondo Bizarro, le Fahrenheit, Strychnine ou Gamine…souvenirs, souvenirs.

Une écriture au service d’une histoire ? peut être mais sans doute plus encore une histoire comme décor d’une plume, une plume en forme d’hommage, d’hommage à la vie, la vie en rock comme dirait l’autre.

Evidemment vous pouvez vous précipiter chez la grande surface culturelle du coin pour vous procurer l'ouvrage, mais, si à votre tour vous voulez boucler la boucle de ce roman DIY, le mieux c'est de le commander directement à l'auteur : http://thierry-tuborg.nfrance.com

vendredi, octobre 21, 2011

Neil Strauss - Motley Crue: The Dirt - (Trad FR: 2007)

Neil Strauss - Motley Crue: The Dirt - (Trad FR: 2007)

Imaginez,,,,imaginez une mare, une mare de sperme, d alcool, de merde et de crachats à la surface de laquelle flotterait pèle mêle seringues, cuillères, petites culottes sans âge et divers débits de toutes sortes. Prenez maintenant le bouquin qui nous occupe aujourd’hui, le pavé plutôt, et jetez le dedans, ouioui jetez ce pavé dans la mare et délectez vous des éclaboussures qui ne manqueront pas de vous recouvrir, ce n est qu’un avant gout de ce qui vous attend a la lecture de The Dirt, traduit par « la crasse » dans la préface, mais dont finalement le titre original est resté dans l’édition française. « La crasse » donc, c’est le quotidien de Nikki Sixx, Tommy Lee, Vince Neil et Mick Mars, en un mot, le quotidien de Motley Crue dès ses débuts...


Ce livre c’est donc une bio de Motley Crue écrite à 4 mains et chronologiquement par les principaux intéressés vous dites vous ? mouais, au détail près que quelques membres de l’entourage du groupe y vont aussi parfois de leurs petits souvenirs, histoire de lier vraiment les faits entre eux et, peut être, de pallier à certains trous de mémoire collective des 4 rock stars. Une bio donc ? un peu court quand même de résumer ainsi le bouquin, oui c’est une bio s’il faut vraiment lui trouver une catégorie, mais ce Dirt est bien plus que cela, c’est une expérience hallucinée vécue à la vitesse du son et de la lumière, un catalogue de tous les clichés du rock, du sex et, évidemment des drugs. La mort rode à presque toutes les pages, toujours prématurée, vite on vous dit, tout se fait vite et sans regard dans le rétro, entre les tragédies que traverse le playboy Vince Neil (décès de sa fille de 4 ans, responsable d’un accident de la route dans lequel un de ses plus proche ami trouvera la mort), les overdoses à répétitions de Nikki Sixx et bien d’autres fantômes encore. Le rêve rock hollywoodien de nos quatre amis (pas forcément toujours très heureux d’être enfin réunis) tourne peu à peu au cauchemar le plus sordide et les villas hollywoodiennes démesurées, les filles faciles à la pelle, les voitures de rêves et les montagnes de coke ont de plus en plus de mal à dissimuler le malaise morbide dans lequel plongent tous les protagonistes de cette histoire.

Ce qui rend d’autant plus poignant ce témoignage qui démystifie quand même beaucoup les retombées de la renommée, c’est qu’après des années à foncer tête baissée dans toutes les spirales les plus infernales que l’on puisse imaginer (drogues, alcools, et bien d’autres encore), le temps aidant, le temps passant et la maturité gagnant inexorablement, chaque membre se livre à coeur ouvert, dévoilant progressivement ses blessures intimes et ses sentiments les plus personnels. A l’approche de la quarantaine, donc vers la fin du bouquin, on sent un besoin général de normalité, de ralentir la cadence, de stabilité et…de vie finalement.

En refermant le bouquin, certains se souviendront surtout des horreurs et des scandales qui en imprègnent chaque page. D’autres des tragédies et de la manière dont elles ont été surmontées par l’un ou l’autre des membres du Crue, d’autres encore se régaleront des anecdotes (auxquels on n’a aucune raison de ne pas croire tant tout est hors norme dans l’histoire du groupe) pas toujours très reluisantes, concernant Ozzy Osbourne, Axl rose ou, plus drôle encore, Bruce Dickinson, la voix de la vierge de fer. Enfin, certains y verront surtout l’histoire de 4 hommes qui, revenus de tout et ayant tout connu, se posent enfin pour regarder un instant en arrière et gouter au plaisir simple d’être toujours de ce monde…



et, rien que pour le fun :

David Foenkinos - Lennon (2010) - Un exercice casse gueule superbement réussi

David Foenkinos - Lennon (2010)

Amusant, amusant de lire, au détour d’un chapitre, que l’auteur ose faire s’insurger son personnage a petite lunettes rondes contre les "connards qui font des livres sur (lui). qui mythonnent 300 pages sur (leur) relation alors qu’(il) ne les a croisés que 2 minutes". Amusant car, sauf information contraire, David Foenkinos n'a jamais rencontré John Lennon et arrive quand même à en faire un livre de (certes seulement) 233 pages, véritable plongée au coeur de l’histoire et de la psyché du binocleux plus connu que le Christ.


C’est un John Lennon âgé de 35 ans, ayant mis (temporairement) un terme à sa carrière échevelée que l’on retrouve ici allongé sur le divan du psy David Foenkinos, à évoquer sa vie. De son enfance perturbée dans l’Angleterre de l'immédiate après guerre, à sa rencontre avec Yoko Ono, en passant par les bouges d’Hambourg et les stades américains. Un Lennon qui évoque les cadavres qui émaillent sa route, ceux de sa mère. sa tante. Pete Best ou Brian Epstein, cadavres sur lesquels il ne se retourne qu’un instant poursuivant sans répits sa route vers son destin d’étoile filante aveuglante de la culture pop du XXième siècle, de squats miteux liverpoliens à de luxueux bed ins, de groupies hystériques à une notoire allumée asiatique.

« Tout le monde a dit que Yoko avait brisé les Beatles, mais c’est le regard sur elle qui a tout foutu en l’air. Si elle avait été accueillie différemment, rien ne se serait passé ainsi » lui fait dire David Foenkinos. C’est avec ce genre de réflexion, qui permet de voir l’aventure de Lennon sous un autre angle que celle qui nous a déjà été raconté des centaines de fois, que l’imagination de Foenkinos montre tout son intérêt. Magnifiquement servies par la plume de l’auteur, les confessions de John prennent un tour inédit et personnel, sans que l’on puisse accuser son scribe de violer sa pensée ou sa parole. En effet, l’auteur du Potentiel Erotique de ma Femme, connait son sujet sur le bout des doigts et, pour fan qu’il soit, n’en demeure pas moins parfois critique faisant reconnaître à Lennon certaines de ses erreurs.

A propos de la séparation du groupe, Lennon aka David Foenkinos de déclarer: « mon groupe n’était plus les Beatles mais la Paix ». Une des phrases les plus marquante de cette psy-ographie est sans doute celle où John, conscient de son statut d’héraut de la paix, déclare qu’il "voulait être capable de montrer (ses) parties génitales à tout moment, pour ne pas être non plus un Gandhi ou un Luther King susceptible de se faire assassiner". Superbe trouvaille de l’auteur ? Oui et non dans la mesure où ce dernier précise bien en note de bas de page que cette phrase a réellement été prononcée en 69 par Lennon, avec son humour toujours si particulier et des dons de voyance assez perturbants. Une part du talent de Foenkinos est sans doute d’avoir su exhumer cette déclaration et de l’avoir replacée à cet endroit précis des consultations de la star chez son psy. On regrettera par contre, peut-être, de ne pas retrouver l’humour décalé du Beatles échevelé plus souvent au fil des pages. Mais peut-être le cabinet d’un thérapeute n’est il pas le meilleur endroit pour déconner plein pot. On cependant légitimement penser que ce n’est pas ce genre de détail qui aurait gêné Beatle John.

D’un exercice sacrément casse gueule (faire parler les morts et mieux encore, les faire se confier) David Foenkinos se sort avec brio alliant érudition, imagination et style pour un résultat qui, très loin de l’œuvre réservée aux fans hystériques, plaira à quiconque s’intéresse un tant soit peu aux premier défunt des 4 garçons dans le vent.