dimanche, février 26, 2012

Nesles – Krank (2009) - Prise de risque maximale pour un artiste complet

Nesles – Krank (2009)

Avant même de glisser l'album dans la platine on est pris d'une terrible appréhension: un concept album, c'est bien cela? Aie...en Français en plus ? Le pire est à prévoir. "Que reste-t-il quand on ne croit plus en Dieu ?" ainsi se clôt l'intro plongeant encore un peu plus l'auditeur dans un abime de perplexité. Mais qui est cet homme? Une nouvelle incarnation de Manset ? D' Higelin ? Ou plus surement encore de William Sheller ? Aucune chance, aux dernières nouvelles ces 3 là sont encore parmi nous. Pourtant dès le second titre on ne peut s'empêcher de penser a eux. Du coup avec pareils parrains la confiance s'installe peu a peu et on accroche petit a petit à l'histoire qui nous est ici racontée et que je me garderai bien de vous résumer pour vous laisser le plaisir de la surprise et de la découverte.


On y accroche d'autant plus qu'avec ses ambiances a chaque fois différentes et toujours magnifiquement plantées la bande son accompagnant l'histoire est un modèle du genre, loin de resucées gainsbourgiennes auxquelles on a souvent droit avec de tels projets. Sur des rythmiques souvent electros viennent se poser cuivres et cordes comme sur le superbe Insomniaque (Ou comment combattre les psychopompes) et force autres sons plus ou moins authentifiés qui ne cessent de maintenir l'oreille en alerte.

D'un point de vue purement musical la prise de risque est indéniable et constante tout au long de l'album au risque de dérouter l'auditeur pas encore familier avec l'album (Coeur vaillant) et même après plusieurs écoutes on se surprend parfois a "supporter' certains passages assez...originaux pour arriver, enfin, au suivant plus immédiatement accrocheur.

Avec ses guitares mélancoliques évoquant un soyeux croisement entre madrugada et radiohead Sous le cortex et son final tout en cuivre se révèle être sans doute le chef d œuvre de cet album au coté de quelques ovnis déstabilisants comme Funis ambulare ou la "reprise" très réussie a la première gnosienne de Satie sur Nocturne au jardin.

Il faut bien plus d'une écoute pour bien comprendre l'histoire de Krank, en voir toutes les subtilités, ceux qui s'en donneront la peine feront parti des happy fews qui savent qu'il existe aujourd'hui encore des compositeurs et des poètes au sens noble du terme, Nesles en fait indiscutablement parti. On ne pourra néanmoins pas jeter la pierre a ceux qui, déroutés par la longueur du disque, ses changements incessants, ses mélodies pas toujours immédiates et le cote pompier de ce type de projet, a ceux, donc, qui auront quitté Krank en cours de route en se jurant que jamais plus on ne les y reprendrait.

Los Disidentes Del Sucio Motel – Soundtrack from the motion picture (2010) - Poussière, tequila et gros riffs du Sud !

Los Disidentes Del Sucio Motel – Soundtrack from the motion picture (2010)

Ne vous fiez pas aux quelques instants d’orgue d’église qui ouvrent la galette, vous devriez assez rapidement vous rendre compte que ce ne sont pas les petits chanteurs à la croix de bois qui viennent aboyer immédiatement après sur le gaillard Sir Dany Jack. Si la blague n’avait pas déjà été faite, je ne sais plus trop où, on serait plus tenté de croire que nous avons ici à faire à une belle bande joyeusement alcoolisée de petits chanteurs à la croix de fer, tendance bikers patibulaires, planqués pour des raisons qui finalement ne regardent qu’eux, dans un motel crasseux (comme leur son de gratte) à la frontière des desperados et du monde prétendument civilisé.


Comme une bande de Daltons, mal dégrossis, les gus qui constituent le gang portent le même patronyme : Maverick (ouais comme le label de Madonna qui hébergea entre autre Deftones). 12 balles, c’est tout ce qu’il leur reste dans le chargeur, 12 balles (dont une « hidden ») pour couvrir leur fuite. Ca risque de canarder sec avec les autorités (le final de No Folk, No pity for the cheaters (et son intro fugacement It’s so easy d’une autre bande de gunners bien connus) ou encore Backdoor Woman). Trafic d‘alcool ou d’autres substances prohibées, prostitution, adoration païenne d’une désertique divinité, conduite sous substances pied au plancher, va savoir quel peut bien être leur crime ?! Peut etre que tout simplement ils ont su rappeler à qui de droit que la vengeance est un plat qui se mange froid. Un fâcheux l’aura appris à ses dépends au second chapitre.

Réminiscences kyusiennes ou qotsiennes (le redémarrage de Brotherhood par exemple) les loustics connaissent leurs maîtres, mais ne comptez pas sur eux pour cracher le morceau si on leur demandait, ils sont suffisamment futés pour savoir noyer le poisson à leur sauce et suffisamment mûrs pour n’avoir besoin de personne pour voler (dans tous les sens du terme) de leurs propres ailes. Histoire d’être vraiment sûr de passer incognito dans la fuite ils savent maquiller habillement de clavier leur lourde cargaison de riffs (A beauty among the crowd) et Franky fait des merveilles pour varier sa voix d’un titre à l’autre. Difficile à suivre alors les Disidentes ? pas vraiment, sauf pour une équipe de sergents Garcia, pas vraiment donc pour tout amateur de gros son normalement constitué, le groupe ayant assez de personnalité pour retomber quand même sur ses pattes à chaque nouvelle giclée.

Protégés par le dieu Géant Roux, nos gaillards réussiront à fuir leur motel aussi poisseux que poussiéreux pour reprendre la route pour reprendre la route (Higway 66 ? 51 revisited ?) et hurler comme un Lemmy sous ??? sous quoi d’ailleurs ? comme un Lemmy çà suffit déjà amplement, bref pour hurler leur bonheur de tracer trippes à terre vers le nouveau Mexique. Comme souvent avec ce genre d’outlaws, tout se finit autour d’un feu perdu dans le désert, mais çà c’est une autre histoire que je vous laisserai découvrir par vous-même. Ah ouais, au fait, cette course entre les cactus à grand renfort de bourbon frelaté, de tequila et de mexicola nous vient tout droit du grand....Est!

En France on n’a pas de peyotl mais on est déridés (attendez la toute fin de l’album et vous verrez ;).

Rescue Rangers - Guitars and Dust Dancing (2008) - Power trio

Rescue Rangers - Guitars and Dust Dancing (2008)

Est-ce parce qu’ils ont participé au festival Psychotic Reaction à Paris en juin dernier qu’il faudrait limiter Rescue Rangers au statut de fier représentant de la scène stoner française option calanques ? Personnellement, et vu que c’est mon avis que j’exprime ici, je ne le pense pas du tout. Ce serait finalement très réducteur et faux. Plus que de stoner on pourrait résumer la musique de nos rangers de choc à un condensé de ce que les 90s ont produit de mieux en matière de rock.


Dans le chant, les guitares, les compos on retrouve de grandes gorgées de ce que l’on appelait alors grunge et c’est un véritable plaisir de réentendre des mélodies pas forcément sacrifiées sur l’autel de la puissance et du rentre dedans. On pense à Pearl Jam, Soundgarden, et quand le ton se durcit (Black as Bastet, Spear) on n’est pas loin de l’énorme Frogstomp de Silverchair. Alors grunge Reccue Rangers ? Bah non, puisqu’on vous dit qu’essayer de les classer serait très réducteur ! Le groupe est tout simplement rock, un point c’est tout, jetant un pont salutaire entre les glorieuses 70s et les 90s à l’héritage encore trop chaud pour être vraiment justement apprécié. Cette mission, fièrement revendiquée par le trio l’amène forcément à gambader aux cotés des Foo Fighters et autres groupes hautement recommandables et à s’aventurer en terre plus psychédéliques et errantes comme sur le très beau In Cathedralica.

Évidemment un léger parfum stoner flotte de-ci delà sur l’album (le temps d’un Scary Black Holes (sun ?) par exemple, d’un rapide King Cobra ou du titre qui clôt l’album) et, même si çà fait un peu cliché et que c’est toujours un peu c*n à dire, ces gars là méritent vraiment d’être appréciés en live car c’est là que l’on prend réellement conscience de leur talent et de leur énergie !

Alors est ce à dire que nos marseillais peuvent prétendre aller porter la bonne parole aux 4 coins de la planète ? Il y a peu de doutes là-dessus et ce n’est pas un hasard si Alan Douches (Mastodon, Sepultura, Hatebreed) a assuré le mastering de l’album. La seule ombre au tableau ? Les Rescue Rangers, du moins aux states, c’est une série Disney dont Tic et Tac sont les héros… Souhaitons que nos 2 espiègles écureuils ne fassent pas d’ombres à nos barbares !


Rien à voir

The Black Angels - Phosphene Dream (2010) - La lumière tout au fond du tunnel ?

The Black Angels - Phosphene Dream (2010)

Dans la catégorie des groupes contemporains psychèdéliques chimiquement fortement chargés, les 2 premiers albums des Black Angels avaient surpris et charmés par leur noirceur et le coté plombé et désespéré des compos. Loin des petites fleurs et du tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil le groupe d’Austin, ouioui comme le 12th Floor Elevator,le groupe donc optait pour un psychédélisme beaucoup plus urbain et claustrophobique, opiacé, forcément...


Le disque commence et immédiatement, on est en terrain connu, on commence à s'installer confortablement dans ce ronronnement familier, douillet, connu et rassurant et là, sans prévenir, le groupe suprend en cassant sans prévenir ce traintrain trop prévisible, dès la première moitié du premier titre. Excelente idée qui a pour effet immédiat d'attiser la curiosité et donc l'attention de l'auditeur !
Le disque déroule et les surprises s'enchaînent: petit coté psyché-pop qu’on ne leur connaissait pas forcément sur le second titre, comme s'ils avaient décidé de s’offrir un peu de lumière, une petite ballade au soleil, blafard certes, comme un soleil de Novembre, comme un Sunday Afternoon au grand air, ou au Telephone.

Structures harmoniques légérement hindouisantes (on pense parfois au Paint it Black de…. Qui déjà ?!) et orgues hantés sont évidemment au rendez vous, juste portés par une batterie qui, pour être réduite à son minimum vital, n’en reste pas moins immensément présente et indispensable, sortant souvent du carcan purement rythmique pour venir se méler de mélodie aussi. Aux lourdeurs opiacées de Direction to See a Ghost, on trouverait presque un coté Swinging London à ce Phosphene Dreams par instants.

Car oui, c’est sans doute la révélation de cet album, plutot que de continuer à passer leur temps à gober toutes les couleurs possibles et imaginables de cachets qui passent à leur portée dans leur cave de répéte, les Angels ont décidé de sortir un peu. Leur musique y gagne en vie et en oxygène, ce qu’elle perd, bien evidemment, en claustrophobie paranoiaque. Plutot que de ruminer des cris de désespoir, de détresse, des appels à la révolte ou plutôt à la prise de conscience de l’inertie et l’abrutissement de nos sociétés, c’est comme si soudainement Alex Maas et sa bande s’étaient réveillés un matin en décidant de, presque, prendre la vie du bon coté. Pour preuve, le format plus « conventionnel » de la durée des titres. Plus de longue descente aux enfers sans fin ici, mais des vignettes d’humeur changeante, toujours révoltées, désabusées mais peut être plus « optimistes » que par le passé. Faut il voir dans The sniper, qui m'évoque étrangement Led Zep, un retour d’acide datant de leur tournée en ouverture de Wolfmother ? allez savoir….

Histoire de ne pas effrayer les afficionados des 2 albums précédents, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, on reconnait parfaitement la pâte Black Angels sur ce nouvel album, le talent de composition du groupe et son univers, mais plutôt que de labourer stérilement et sans relâche le même sillon, ils s'ouvrent un peu...qui s'en plaindrait ? certainement pas les Black Mountain qui semblent prendre le même chemin.


Blaak Heat Shujaa - Blaak Heat Shujaa (2010) Décollage immédiat ....

Blaak Heat Shujaa - Blaak Heat Shujaa (2010)

Ambiance western, forcément, dès l’ouverture, western oriental, grattes distordues, bruit du vent dans les cactus, ça sent bon son désert rock décontracté, le grand Brant n’est jamais très loin ainsi que les autres figures tutélaires du desert rock et de son dérivé alourdi, le stoner. Mais Blaak Heat Shujaa sait brouiller les pistes à grand renforts de changements de tempos et de tonalités toujours surprenantes et bienvenus passé la première surprise. Une fois dans le désert, si les pistes se brouillent, c’est peu de dire qu’on est très vite complètement paumé et qu’il ne reste plus alors qu’à errer dans l’espoir de retrouver son chemin.

Et c’est bien ce que nous proposent les 3 parisiens avec ce premier album enregistré avec l’aide de Scott Reeder (sisi lui-même) dans la région de Palm Springs, Mecque du stoner s’il en est, cette invitation à l’errance sereine. Mais pas question pour autant de s’endormir, il y a quand même de la route à faire… Il faut suivre le guide au risque de se perdre à jamais, le fil d’Ariane que constitue, de loin en loin, le chant désincarné et noyé d’échos de Thomas Bellier (mariage improbable entre une version masculine du chant d’Acid King et Ozzy), chant désincarné qui rapproche nos "stoner friends" d'un rock psyché à la Black Angels, créant ainsi une passerelle inédite entre ces 2 courants pas si éloignés à la réflexion.

Propice à l’hallucination, au voyage intérieur et à la rêverie, la musique du trio vous fera sans nul doute quitter terre et c’est presque naturellement que l’on croisera le fantôme de Layne Staley (Alice in Chains) sur MIA, des riffs sabbathiens en diable forcément, par ci par là, et toujours, revenant, ce son non identifié entre lignes à haute tension et ondulations dunesques (par exemple sur l’intro du colossal Moon). On décolle certes régulièrement tout au long du disque mais, tôt ou tard Blaak Heat Shujaa nous rappellera les dures lois de la gravité en plombant, à grand renfort de basse défoncée et de riffs pachydermiques, l’ambiance.

« Fasten your seat belt and light up your spliff » disait Peter Tosh, il semblerait que, dans un tout autre univers musical, Blaak Heat Shujaa ait fait sienne cette précieuse devise. Laissez vous conduire, l’au-delà désertique c’est tout droit !

Vous ne me croyez pas ? en bonus, le trip hallucinant de Where You At ? en live au Klub, en (3ième) première partie de Glowsun cette année :