C’est peu de dire qu’après un album éponyme déjà sacrément salué par les amateurs de rock au sens large, Black Mountain avait su enfoncer le clou il y a maintenant 2 ans avec son In The Future et imposer aux oreilles curieuses son Rock Psyché Prog à tendance lourde mâtiné de voix féminines. Une nouvelle fois, avec ce 3ième album, autant le dire tout de suite, Black Mountain surprend sans décevoir. Avec ses 3/4 d’heure pour 10 morceaux, le groupe prend, un peu, ses distances avec les longues digressions psychotiques et droguées qui étaient un peu sa marque de fabrique (remember Bright Lights ou Tyrants sur le précédent album).
Alors oui, de manière évidente le groupe est revenu à des morceaux de durées plus classiques, est-ce néanmoins à dire qu’il en a perdu son âme ? Loin s’en faut, et il me faut le dire dès à présent, histoire de rassurer les fans. Avec Randall Dunn (Boris, Sunn O))), Kinski) et Dave Sardy (Oasis, Wolfmother, LCD Soundsystem) à la production les relents de rock psyché lourd son donc bien au rendez vous, sur des compos, une fois de plus, imparables pour la plupart. Entre folk et explosions zeppeliennes évidentes (Rollercoaster), giclés presque punks (Let Spirit Rites dont le riff pourrait faire penser au Paranoid de qui vous savez en accéléré et un solo qui réveille les glorieuses ( ?) heures passées du speed métal lui-même suivi d’une cavalcade John Lord-esque du plus bel effet).
Le tour de force du groupe est de réussir à marier avec une cohérence indiscutable ce genre de dictionnaire des courants métal pour les nuls avec de petits bijoux folk-pop (Radiant Hearts, Buried by Blues, The Space of Your Mind). C’est d’ailleurs pour cela que Black Mountain n’est pas un groupe de plus, ou de trop, dans le paysage déjà passablement peuplé des groupes néo-psychés (au coté des Talentueux Black Angels et autres Warlocks). Faire se côtoyer Neil Young et Iron Maiden sur un même disque, c’est peut être la meilleure définition que l’on puisse trouver du talent et de l’imagination.
Mais comment peuvent-ils réussir pareil exploit sans que jamais on ait l’effet d’un patchwork mal assorti ? Finalement la réponse est assez simple, en assurant certaines transitions par de réussis passages plus purement rock « classique » (The Way to Gone) entre Oasis et Dandy Warhols, psyché toujours mais plus lumineux que certains autres travaux de plomberie dont le groupe s’était fait une spécialité précédemment.
Loin de répéter toujours la même chanson, les canadiens remportent la partie en faisant preuve d’un éclectisme rare et d’une cohérence assez difficilement atteignable sur le papier si l’on en juge par le mélange des influences, mais pourtant évidente du premier morceau au sexy Sadie qui clôt l’album.
Il y a des disques, comme çà, qu’on se garde sous le coude pour plus tard, certains diraient « pour la bonne bouche ». Un petit plaisir perso qu’on s’amuse à faire durer sur l’air de toi ton tour viendra, je ne t’oublie pas mais… je vais pas te rater. Alors pensez donc, le 1er album d’un génie de la guitare à peine majeur, disciple de Steve Vai et de Satriani, français qui plus est et phénomène buzz internet de l’année pratiquement, pensez si ce genre de disque on se le garde bien au chaud pour un jour où on sera vraiment en forme.
Puis le temps passe, le buzz se tasse, on apprend que Mattrach ne se limite plus aujourd’hui au petit prodige de Youtube mais est devenu un véritable groupe et que finalement, tout pétri des à priori qu’on avait on n’a jamais vraiment écouté l’album et qu’il serait peut etre temps d’y jeter une oreille même si la perspective de s’envoyer une grosse rasade de Vai-Satriani dans les oreilles n’est pas forcément des plus réjouissantes.
Bref, tout çà pour dire qu’un jour on pose l’album sur la platine, un sourire au coin des levres, un rire sadique et 2 mains qui se frottent l’une contre l’autre….à nous 2….
L’ouverture, épique, aux grattes techniques sans que cela tourne vraiment à la démonstration, se laisse écouter tranquillement. Non, tout porte à croire que l’album ne se limitera pas à une démonstration pyrotechnique du talent de notre 6 cordes-éoniste. Le sourire narquois commence petit à petit à s’effacer au profit d’un sourire tout court surtout quand arrive Vous en voulez encore ? qui fait penser à une version funky metal du Louxor de P. Katerine, hyper entrainante, speedée et fun à en être jouissive. Over se ballade quelque part entre Pink Floyd et le Porcupine Tree de Radioactive Toy, Histoire de multiplier encore les ambiances le reggae s’invite sur l’album avec Nurse avant que The alright song, quelque part entre NIN et Ramnstein dans son coté indus à soli très métal, ne vienne clore les débats.
Quelques éclairs de flamenco par ci par là, oui, contrairement à l’idée que l’on s’en faisait avant même de l’écouter, ce Mister JACK est vraiment un album varié avec de vrai chansons dedans et des morceaux plus expérimentaux (yxes reniD au hasard) mais toujours assez facilement suivables.
Alors oubliez deux minutes le statut de buzz star prodige juvénil qui ne manquera pas de coller au groupe encore quelques temps et dégustez un album varié, talentueux et jamais démonstratif. Il a fort à parier, même, qu’avec le temps, le groupe se forgera une identité plus personnelle Mister Jack fera alors figure de carte de visite hautement engageante.
On passera rapidement sur les nombreux trophées déjà reçus par le groupe, tant, plus que jamais aujourd’hui, ce genre de breloque ne veut plus dire grand-chose et tant ce sont bien d’autres considérations que le vote de quelques happy fews du métier qui décide de la carrière d’une groupe et de la place de ce dernier en tête de gondole ou non. Opium Baby a déjà suffisamment galéré comme çà pour le savoir car non content d’avoir suivi pas à pas le parcours obligé de tout groupe qui veut percer depuis 2003, un obstacle de taille est venu se mettre en travers de leur irrésistible ascension. En effet, initialement baptisé Nova, le groupe a du changer récemment de nom après qu’une radio, qui, pour homonyme qu’elle soit, n’a que très peu de chance de diffuser, un jour, ce genre d’electro rock sur ses ondes, se soit attristé de pareille proximité dans leurs noms respectifs. Le moins que l’on puisse dire est bien que ce genre d petit coup du sort aurait eu raison de la motivation de bien des groupes. Mais Opium Baby, puisque c’est ainsi qu’ils se nomment aujourd’hui n’est pas le premier groupe venu.
D’entrée de jeu, ce qui frappe des les premières minutes d’écoute c’est la diversité des influences du groupe, ainsi Cast the Dice pose un indus soft comme du Nine Inch Nail pop, avant que le refrain ne bascule franchement dans un rock musclé du plus bel effet. Il en sera ainsi tout au long de l’album, un talent pop indéniable que l’on retrouve sur chacun des titres variés influencés qui par Muse (Let Me Go et son piano aérien en bout de course vers les étoiles), le rêveur U2ant pourrait on dire Circus (un des grands moment de cet album qui ‘en manque pourtant pas, avec ses 6 minutes pourtant bien peu radio friendlysantes et son final au top du Zizi, si vous voyez ce que je veux dire, sinon laissez vous pousser une fière barbouze et çà devrait vous ouvrir les yeux). Que dire du kravitzien Flower, d’une chaude beauté ? dire qu’il est beau et touchant comme le superbe Time final, c’est déjà tout dire, à moins de vouloir absolument ajouter qu’il précède un nouveau beau clin d’œil à U2 sur les quelques arpéges de gratte bien sentis juste avant le refrain de Opium Baby (le titre) où, comme tout au long de cet album d’ailleurs, la voix d’Alan fait des merveilles, montant sans crainte vers les sommets sans forcer si ce n’est l’admiration, et sans friser, et certainement pas le ridicule.
L’éventail de la voix d’Alan pour bluffant qu’il soit ne doit pas masquer la qualité d’une section rythmique efficace tant dans les coups de tonnerres que les accalmies souvent passagères. Enfin la guitare est loin d’être en reste et ne souffre pas un instant de la concurrence des petites fioritures électros qui émaillent la plupart des morceaux. On l’aura compris on songe parfois, sur les passages les plus « atmosphérique », au jeu d’un the Edge (toute proportion gardée, sans que cela ne remette en cause le talent de Pyp) et quand il s’agit de lâcher un peu les fauves l’efficacité et la sauvagerie savent être au rendez vous.
Alors Opium Baby, groupe poissard qui verrait peut être enfin la lumière au bout du tunnel ? On ne peut que leur souhaiter au vu de ce premier véritable album plein de promesse qui les voit se placer certainement au coté de leurs glorieux aînés et néanmoins compatriotes d’Angelfall dans un style cependant plus immédiat et plus grand public. Gageons que le temps les fera gagner en personnalité mais au vu de cette première carte de visite il y a bien peu de doute que cela ne se produise pas.
Les Sonics, les Kinks, les Animals, les Seeds, les Miracle Workers, les Fuzztones, les Chesterfield Kings, les Mummies, j'en passe et des plus obscurs, oui, milles fois oui, il y a de tout celà dans la musique des Love Me Nots de Phoenix, pure fuzz et farfisa. Mais pour les jeunes de l'an 2000 ( "c'est clair, c'est plus le même deal" comme dirait l'autre), c'est plutôt une joyeuse rencontre entre les Donnas, Austin Powers et ... allez, les Lords of Altamount, bref un happy garage rock millésimé 60s pour peu que l'esthétique même du groupe puisse faire douter un seul instant de leurs orientations temporelo-musicales.
Du coup, en ces temps de pure rock n'roll revival, qu'est ce qui peut bien valoir la peine qu'on se précipite sur ce Upside Down Inside Out plutôt que n'importe quel autre album fortement référencé ? Que la production soit assurée par Jim Diamond (White Stripes, Romantics, Gore Gore Girls)? Franchement vous en connaissez beaucoup des gens qui achétent un album au seul nom du producteur (surtout si ce dernier s'appelle Jean Marie Diamand!). Le fait que Nicole Laurenne (chant et Farfisa) et Michael Johnny Walker (guitare) soient accompagnés d'une nouvelle section rythmique qui respecte la parité chère au groupe ? mouais... enfin ce qui fait justement tout l'intérêt de ce disque c'est bien le trio voix-guitare-farsifa alors que la section rythmique ait été revue de fond en comble ne change pas grand chose à l'immédiateté et l'addiction que l'on ressent presqu'immédiatement à l'écoute de ce bonbon garage acidulé pop.
Même si l'orgue farsifa se taille la part du lion portant presqu'à lui seul le chant, MJ Walker sait décocher des soli "à la Slash" pas piqué des hannetons et ne se limite pas à ce statut de guitar hero garage, brodant humblement de petits motifs surf-garage bien sentis ici ou là.
Sortez vos tailleurs pieds de poules, coiffez vos rouflaquettes et vos boots vernies, groooovy babyyyyy party !
Odeur de goudron cramé, d’alcool et d’essence, de cocktails Molotov, de graisse, de cuir, de sang et de stupre. Rage contenue, tension palpable, hystérie couvante… pas une note encore et pourtant le décor est déjà impeccablement posé. Vous avez glissé le skeud dans la platine, personne ne vous y a forcé (si ce n’est peut etre de savoir ce qui peut bien se cacher derrière si alléchante pochette), personne ne vous y a forcé non, c’est sûr, alors ne venez pas jouer les vierges effarouchées après et faites comme tout le monde dès les premières secondes, prenez vos jambes à votre cou, et hurlez, fuyez, suppliez, paniquez… Tout ! Tentez tout ce que vous pourrez pour y échapper, mais rien n’y fera, une fois la touche Play enfoncée, vous ne pourrez plus échapper au souffle chaud et aviné de l’horror-punk graisseux des Sinner Sinners. Déjà le sax free-leux empli l’espace et l’ombre de Steve Mackay plane sur le carnage qui s’annonce.Encore quelques secondes et la galette va nous péter à la gueule comme une grenade dans un cri déchirant et inhumain.3…2….1….ZERO !
Car oui, c’est bien à une tuerie sonore à laquelle nous allons assister. Il y a peu, Sam et Steve Thill nous avait déja quelque peu mis en garde au détour de l’incendiaire 45T LA's Burning et sa B’side The’s no Place Like …(que l’on retrouve d’ailleurs avec plaisir sur l’album, ce qui évite d’avoir à ressortir la platine à chaque fois qu’on veut s’envoyer un shoot d’high energy). Pourraient ils garder toute cette tension et l’énergie qui va avec sur la longueur d’un album ? certes ils ne sont pas les seuls aux manettes, ils ont déniché toute une improbable bande de flibustiers/desperados pour leur préter main forte dans leur entreprise d’évangélisation démoniaque (jugez en plutôt par la liste des participants à l’album du « duo ») et si vous voulez une petite idée du niveau d’artisanat du dit objet on m’informe qu’il y a une petite erreur sur le livret : je cite : la track 13 c'est la 12 en fait - et la 3 et 4 sont inversées :
Mais les brulots en pleine face sont ils leur seule arme ? oh que non, en témoigne Sonic Room plus « pop » si l’on peut oser le terme, ou Dead Dead Dead presqu’enjoué et primesautier (avec son chœur féminin qui n’est pas sans rappeler l’excellent Harmonic Generator des Datsuns), enfin…pour peu que l’on fasse abstraction des paoles qui pour la peine sont plutôt un brin macabres. Pour ce qui est de réveiller les morts, le piano baltringue (bastringue) de Stetson devrait largement y arriver.
On attaque la seconde face comme on l’avait fait de la première, sans les cris d’horreur qui ne sont plus ici nécessaires, l’ambiance est toujours aussi inquiétante avec son orgue dopé et la voix désincarnée de Sam perdue dans le fond du mix, comme noyée sous 6 pistes de grattes graisseuses. Par certains aspects ce titre pourrait faire penser à ce qu’Iggy aurait pu faire de mieux en solo s’il n’était pas tombé, comme c’est souvent arrivé, sur de bien peu fréquentables margoulins soucieux, seulement, de pouvoir poser leur nom à coté du sien. La remarque que l‘on s’était déjà faite sur le 45T est plus que jamais d’actualité sur la longueur de l’album.
Si d’aventure vous doutiez encore des capacités et de l’intérêt de se jeter immédiatement sur cet album indispensable à toute ame damnée, une oreille rapide à Cadavra devrait finir de vous convaincre. Efficacité, énergie, mélodie et immédiateté, tout est résumé dans ce titre déjà culte pour qui s’interresse à ce qui vaut vraiment le coup d’être écouté dans l’hexagone. Vous en connaissez beaucoup des enchainements solo-accélération finale, comme sur There’s no Place Like… ? personnellement j’en ai rarement entendu du coté de la Starac ou sur le dernier Charlotte Gainsbourg !
Motorhead, Seeds, Sonics, Stooges, Cramps et qui sais je encore, oui les Sinners ont embarqué dans un train fantôme déjà joliment peuplé et sont loin d’y faire pâle figure, c’est l’auditeur, par contre, qui risque de virer au vert quand la folle cavalcade s’arrétera aux dernières notes d’un Mummy évocateur, dans un dernier vrombissement de moteur surchauffé en bout de course. Une dernière peleté de terre, 6 clous (piqués sur le cuir) et une croix (en fer évidemment)… la messe est dite. Oh Lord (of Altamont) have mercy….
Pour en savoir plus, et vous faire une idée plus précise sur 2 titres cadeaux: ... c'est ici.
- Bonjour, il me faudrait 10 morceaux de rock gras bien saignant et taille directement dans le nerf s'il vous plait..
- Y'en a un peu plus, je vous le mets quand même?
- bah ouais ca peut pas faire de mal. Non pas la peine de l'emballer je vais le consommer directement a même le cuir.
Plus que sur leurs autres albums nos Lords sont ici sérieusement épaules par l'ogre Hammond omniprésent et qui vient napper les saillis tout en guitares cradingues et cymbales martyrisées d'une couche de sirop d'érable qui, tout en engluant le tout, ne fait en aucun cas sombrer nos garagistes psychés dans la guimauve.
Même si le 1er titre lorgne parfois avec un heavy monster magnetien, la figure paternelle d'un Stooges basique reste la marque de fabrique de nos bikers enfièvres. A la différence d'Altamont Sin, les références au groupe de l'iguane sont quand même moins appuyées éloignant définitivement tout soupçon de manque d'inspiration tant les compos sont futées et originales dans un genre plutôt ultra balisé.
Et pour répondre a notre ami curieux, s'il ne devait n'y en avoir qu'une, celui ci bat dans mon cœur To Hell sur le fil...pour la pochette, chef d'œuvre d'efficacité suggestive.
Bon, vous ne viendrez pas dire qu'on ne vous aura pas prévenu. Le message qui ouvre cet album est assez explicite pour que vous compreniez bien que la musique des Lords est réservée aux oreilles doublées de cuir. D'ailleurs le rouleau compresseur qui passe juste après le speaker devrait finir de convaincre les égarés de passer leur chemin.
Une fois les indésirables mis de cote, les Lords peuvent se faire un petit plaisir en glissant, le temps d un Faded Black en terres plus pop sans pour autant délaisser le gros son crado qui est leur marque de fabrique. Voix de poissonnier fortement alcoolisé, disto...distordue, rythmique basique mais lancinante comme peut l être une grosse gueule de bois, le décor est pose, on n'est pas vraiment la pour faire des bouquets de marguerites. Ce sont plutôt d'orties dont il est ici question, orties et chardons engraisses a la cendre et au gros bourbon qui tache. Pour faire passer cette lourde décoction, une bonne louche d'orgue bien sirupeux, comme sur Never Do Well par exemple.
Avec le gosier bien lesté par le mélange, comment peut-on faire autrement que de beugler de cretins refrains comme autant de chants de hooligans avines? Ya pas a tortiller du slim en cuir, impossible de faire autrement comme en témoigne Going Nowhere Fast et son solo aérien tout en urgence hallucinée.
Orgue hante sur fond de riff hard rock ultime, mais du plus crasseux qui soit, on n'est pas chez Satriani ici, des les premières notes on sent...la poudre? Oui, la poudre en effet, mais on sent surtout qu'avec Lightning Strikes on a affaire a du lourd en descendance directe des Stooges qui aurait pique quelques plans de clavier au Monstre Magnétique des débuts.
Je ne vais pas vous faire tous les titres de l'album, je risquerai de me répéter, sachez seulement qu'on y entend aussi de l'harmonica (lewinsky ?) entre 2 riff de sexe, de drogue et , évidemment, de rock n'roll car c'est bien de cela dont il s'agit ici et du meilleur, du millésime 60s garage.
Mais je vous vois venir d'ici avec vos grosses bottes Harley, vous allez me demander: "mais Crew, si je ne devais avoir qu'un seul album des Lords?". Ceux qui savent riront de vous, en effet avoir un seul album des Lords c'est aussi cretin que de s'envoyer un verre de tequila alors qu'on peut se faire la bouteille au goulot. Mais je ne suis pas de ces moqueurs et je vous répondrais sans détour: "Dans ce cas, rues toi sur To Hell With the Lords" dont les titres sont peut être encore plus aboutis...ici certains hommages aux Stooges frisent quand même dangereusement le plagiat par définition peu imaginatif.
The Lords Of Altamont - To Hell With The Lords (2006)
Au "peace, love and happiness" de la fin des sixites, les Lords of Altamont ont sans hésitation aucune préféré le "sex, drugs and rock n'roll" intemporel des pionniers du rock. Le nom suffit à comprendre qu'on est à des années lumière du patchouli et des fleurs dans les cheveux de Woodstock. Non, les 5 Lords sont là pour un enterrement, tout de cuir noir vétus, mine sombre et patibulaire, regards vides et hallucinés par les abus en tous genre et le manque de sommeil....
De références ils ne manquent évidemment pas, MC5, Fuzztones, leurs CVs respectifs sont à eux seuls un carnet d'adresse du garage rock le plus straight. Qu'est ce à dire? et bien vous prenez 2 guitares en fusion qui se tirent la bourre à la moindre occasion de solo, un orgue farsifa bavard et une voix de précheur halluciné, le tout sur une section rythmique tachicardique ou étrangement ébéthée et voilà à peu près ce que çà peut donner. Ajoutez à celà des titres qui ne dépassent pas les 4 minutes, des hommages appuyés aux Stooges (Come on... ressemble au petit frêre de Raw Power par exemple) et aures légendes noires (pas dans le sens de la couleur de peau) du rock n'roll, une imagerie et un nom tout droit sorti de l'univers des Hells Angels et vous saurez de quoi il retourne.
Synthèse parfaite du Garage, du Punk et du rock Psychedelique, ces 5 là n'ont certainement pas inventé grand chose, mais c'est avec une énergie et une flamme sincère qu'ils entretiennent avec brio la flamme d'une certaine esthétique rock originelle.
The Black Angels - Directions to See a Ghost (2008)
Dans la catégorie néo rock psychedelique, si les Lords of Altamont représentent la branche cocainée-caffeinée tendance Stooges, les Black Angels, qui nous occupent aujourd'hui, évolueraient plutôt dans la famille des Velvet Underground valiumisés-opiacés avec un chant, un mantra plutôt tant la voix désincarnée, exclusivement masculin.
2 guitares, une basse, une batterie et d'étranges drones machines soutiennent ce chant qui, même si on peut le considérer sans vie, n'en demeure pas moins extrémement envoutant et habité. L'ambiance est lourde sans être peusante (j'avoue que çà parait difficile à imaginer, mais c'est bien le cas ici, de lourds morceaux aériens s'échappent des enceintes au fur et à mesures des écoutes). Comme le disait fort justement un commentateur précédent, on peut se demander quelle est l'utilité d'avoir découpé l'album en 11 titres, tant ils forment un tout qui, à la première écoute, peutt paraitre un brin répétitif. Mais, et c'est là que tout le charme de l'album agit, on y revient malgrè cette première impression déroutante. Au fil des écoutes on commence à deviner les reliefs cachés derrière ce mur de guitare oppressant et, peu à peu, les nuances apparaissent, les couleurs se révélent et c'est plus d'homogeneité entre les titres que de redite dont on découvre qu'il est ici question.
Moins étouffant qu'un Black Mountain (avec qui on les compare souvent), les Black Angels réussissent l'exploit de rendre leur rock psychélique, assez rebutant de prime abord, hautement addictif... il ne faudrait cependant pas y voir une volonté affichée du groupe de pousser ses fans, à chaque album plus nombreux, dans les bras dangereux de l'addiction, celle ci restant purement musicale.
Est-ce parce qu’ils ont participé au festival Psychotic Reaction à Paris en juin dernier qu’il faudrait limiter Rescue Rangers au statut de fier représentant de la scène stoner française option calanques ? Personnellement, et vu que c’est mon avis que j’exprime ici, je ne le pense pas du tout. Ce serait finalement très réducteur et faux. Plus que de stoner on pourrait résumer la musique de nos rangers de choc à un condensé de ce que les 90s ont produit de mieux en matière de rock.
Dans le chant, les guitares, les compos on retrouve de grandes gorgées de ce que l’on appelait alors grunge et c’est un véritable plaisir de réentendre des mélodies pas forcément sacrifiées sur l’autel de la puissance et du rentre dedans. On pense à Pearl Jam, Soundgarden, et quand le ton se durcit (Black as Bastet, Spear) on n’est pas loin de l’énorme Frogstomp de Silverchair. Alors grunge Reccue Rangers ? Bah non, puisqu’on vous dit qu’essayer de les classer serait très réducteur ! Le groupe est tout simplement rock, un point c’est tout, jetant un pont salutaire entre les glorieuses 70s et les 90s à l’héritage encore trop chaud pour être vraiment justement apprécié. Cette mission, fièrement revendiquée par le trio l’amène forcément à gambader aux cotés des Foo Fighters et autres groupes hautement recommandables et à s’aventurer en terre plus psychédéliques et errantes comme sur le très beau In Cathedralica.
Évidemment un léger parfum stoner flotte de-ci delà sur l’album (le temps d’un Scary Black Holes (sun ?) par exemple, d’un rapide King Cobra ou du titre qui clôt l’album) et, même si çà fait un peu cliché et que c’est toujours un peu c*n à dire, ces gars là méritent vraiment d’être appréciés en live car c’est là que l’on prend réellement conscience de leur talent et de leur énergie !
Alors est ce à dire que nos marseillais peuvent prétendre aller porter la bonne parole aux 4 coins de la planète ? Il y a peu de doutes là-dessus et ce n’est pas un hasard si Alan Douches (Mastodon, Sepultura, Hatebreed) a assuré le mastering de l’album. La seule ombre au tableau ? Les Rescue Rangers, du moins aux states, c’est une série Disney dont Tic et Tac sont les héros… Souhaitons que nos 2 espiègles écureuils ne fassent pas d’ombres à nos barbares !
Comme son nom l'indique il s'agit de l'unique et seul album de ce "supergroupe" constitué des membres de Radio Birdman, Denis Tek (guitare), Rob Younger (chant) et Warwick Gilbert (basse), avec Ron Asheton , guitariste des Stooges et le batteur du MC5, Dennis Thompson (dans un premier temps Scott Asheton (Stooges) avait été contacté).
Ce live (puisque c'est de celà dont il s'agit) a été enrégistré pendant la tournée australienne du groupe en 81 et n'est constitué que de reprise de Radio Birdman ainsi qu'une chanson des Stooges (Loose, malheureusement fondue à la fin, pourquoi ? mystère) et une du MC5.
Comme on peut s'en douter, avec un tel casting, les interprétations sont détonnantes et la puissance des morceaux est décuplée sur scène. La qualité de cet enregistrement (pourtant Live) laisse réver quant aux 14 shows qui ont émaillé cette tournée australienne.
Un must have pour les amoureux du rock de Détroit, somptueusement réédité sur ce CD avec la pochette UK d'origine et d'intérressantes notes de Denis Tek dans le livret.
Faute de pouvoir trouver des images du groupe, on se contentera du petit doc suivant:
Quand on parle super groupe des années 60-70s on pense tout de suite à Cream, Journey, Crosby, Stills & Nash (and Young) ou encore Bad Company, bref du costaud bien ricain (quoique Cream…), bien vendeur, bien stadier. Souvent, ce genre de réunion a tendance à tourner à l’indigeste et fini par s’effondrer de soi même miné par les caprices de divas et les guéguerres d’égos de chacune des superstars présentes. Mais quand on parle d’un super groupe qui réunit à la fois Dennis "Machine Gun" Thompson (à la batterie), Jimmy Recca (à la basse) et Scott Thurston (aux claviers) là, à moins d’être un spécialiste du genre Détroit sound option métallurgie, il y a peu de chance que çà sente le stade remplit. Le batteur du MC5, ok on le connait un peu ; un éphémère bassiste des Stooges avec qui il n’a jamais rien enregistré et le tout aussi peu connu clavier du même groupe mythique là déjà çà devient franchement plus obscur comme super groupe. Heureusement pour eux, c’est avant tout la présence de Ron Asheton qui a attiré, enfin tout reste relatif quand même, les feux de la rampe sur le groupe.
Avec une équipe pareille, aucun doute n’est permis, le New Order dont on parle ici n’est certainement pas le britannique auteur du Blue Monday (en 1983). Non, le programme de nos pistoleros ici est on en peut plus clair : sex, drug, rock n’roll, sang, sueur, cuir et alcool. Du proto metal, du proto punk, du prolo rock au son crasseux piqué directement sur le lecteur cassette (luxe extrême pour groupe fauché) du guitariste. Bowie a massacré le mix de Raw Power, sa version n’est que glam et paillettes, qu’à cela ne tienne, Ron se fera une gloire de rendre l’album suivant aussi cradingue que possible. Pas une once de glam ici, du gras, du rouillé, du sale et du tailladé, à toutes les sauces sur les 8 titres, du cultissime Rock N’ Roll Soldiers (repris entre autre par les Hitmen et les Hellacopters) à Sidewinder sans ordre précis. Pépite de pure énergie de guitares affutées et de chants vindicatifs.
De chants avec un « s » ? Oui, histoire de corser le tout et de le rendre encore plus difficile à suivre, c’est Jeff Spry qui chante sur la première face du vinyle et Dave Gilbert, qui rejoindra après les Rockets, sur la seconde face. Vous voyez d’ici un peu la gueule du super groupe capable de changer de chanteur en l’espace du temps nécessaire à retourner une galette sur un lecteur. Autant dire que les portes du succès ne leur étaient pas spécialement ouvertes, alors qu’au même moment Iggy et Ray Manzarek, clavier d’une autre paire de portes, s’acoquinaient ensemble le temps d’un projet sans lendemain.
2 voix donc mais une volonté commune de cogner l’auditeur directement au plexus et d’enchainer sans temps mort au bas ventre. Qui de la charge rythmique ou du déluge de gratte aura raison de ses sens ? Impossible à dire, mais le programme de l’ordre nouveau est appliqué à la lettre : violent, rapide et direct ! Ron Asheton n’aura de cesse de l’appliquer tout au long de sa vie, Ron Asheton n’aura de cesse d’en faire sa vie. RIP Ron et God Bless Philippe Mogane et ses Siamese Dogs Records pour cette réédition testamentaire.
Maserati - Pyramid of the Sun (2010) - Musique de centrale nucléaire
Ahhhh la tendre époque ou, pour nous montrer a quel point la France était en pointe dans le domaine, on nous emmenait en sortie de classe visiter des centrales nucléaires. Chaque visite, outre le message lourdement matraqué que tout cela était absolument sans danger, était forcement accompagnée d'un petit film grandiloquent vantant les mérites de cette technologie sure, peu chère et renouvelable a l'infini. Immanquablement, l'illustration sonore du dit film était un morceau "futuriste" d'Alan Parson Project. )
Pourquoi ce préambule nostalgique? Parce que la nouvelle livraison de Maserati n'est pas sans me rappeler APP. Pyramid of the sun, We got the system to fight ou encore Oaxaca en sont les parfaites illustrations. Car oui, aidés par le clavier de Zombi, Maserati a ajouté une grosse louche de musique synthétique à son post rock instrumental par définition.
They ll no more suffer from thirst, quant à lui, nous renvoi aux belles heures (?) de la techno trance, (jetez aussi une oreille au final de they will no more suffer from hunger) tout en ouvertures et fermetures de filtres, longue montée sans sommet au sein d'un paysage sonore tout en guitares parsoniennes. Pour le son, le guitariste de Maserati se reconnait volontiers héritier de Pink Floyd et the Edge de U2, et cela saute assez évidemment aux oreilles. Il y a du Animal dans cet album, il y a du riff tournoyant noyé dans l'écho comme les affectionne le gratteux a bonnet. ). Propulsé par une batterie sous EPO, certains titre (They ll no more suffer from hunger) en deviennent presque dansants, au moins sautillants a travers de longs tunnels de larsens contrôlés.)
Au final l'album déroutera peut être les afficionados de longue date du groupe mais se révélera être une excellente et originale suprise pour tous les neophites (dont je suis) prouvant que plus que jamais aujourd'hui la musique est un éternel recommencement.
(Just in case: ce commentaire a été réalisé bien avant la catastrophe japonaise, je me doute qu'il peut paraitre aujourd'hui de bien mauvais goût)
Alcohsonic - Songs From The Delirium Tremens World (2008)
Sur scène, l’effet est saisissant, à peine ont-ils foulé les planches que l’on se retrouve plonger en plein rêve rock n’rollien, flanqué à sa gauche d’un stone-trucker tout droit sorti d’une horde de fans velus de Karma to Burn à la basse et à sa droite d’un guitariste empreint d’une discrétion qui ne laisse pas deviner le feu qui va suivre, ainsi flanqué donc, c’est la ré-incarnation du Steven Tyler qui se cale derrière le pied de micro. Evidemment, la petite troupe est aussi dotée d’un batteur, mais qui, depuis Spinal Tap, se soucie du batteur ? Non je déconne, c’est important quand même. C’est donc visuellement que l’on se prend la première claque ce soir là au Nouveau Casino où les gaillards ouvrent, excusez du peu, pour le mythique Brant Bjork, ex batteur de Kyuss et Fu Manchu pour ceux qui vivraient sur une planète dépourvue de désert.
Très vite, le souvenir d’Aerosmith de la grande époque se fait évident, non seulement par les pauses et la dégaine générale du chanteur, mais aussi par la musique jouée (Follow Me, I'll Flee From You, ), rock n’roll, purement et simplement (Mojo Driver , les portes dites vous ? celles sans lesquelles les Dupont aériens n’auraient sans doute jamais existés car aussi surement que l’on ne peut imaginer un repas sans Badoit (quoique) on ne peut imaginer un Tyler sans Jim Morisson), dans la grande tradition des groupes fondés sur l’antagonisme chanteur-guitar hero (Stones, Aerosmith donc et Guns n’Roses pour faire court). Guitar hero, et oui, rien de moins, le mot est lâché tant, ce soir là la six cordes fut à la fête, distillant un catalogue d’influences impressionnant (Joe Perry, bien sûr,Guns (I'm Your Man), ZZ Top (évident), bref toute une tripoté de gratteux mémorables dont les plus récents descendants sont à chercher du coté de Firebird et autres The Answer), finissant par se mélanger tellement qu’il en ressort un son original et un jeu très personnel. La rythmique variée est loin d’être en reste et c’est un groupe solide et cohérent qui se mit très vite le public dans la poche.
L’impression dégagée sur scène se confirme sur l’album avec des titres qui, s’ils restent bien dans une veine estampillée du meilleur rock des 3 décennies passées, dessinent un paysage sonore extrêmement varié et jamais répétitif. Le trippant Hanuman' Chest vous envoie directement dans la chaleur moite du continent indien. De façon assez inattendue, c’est à l’aspect le plus calme et apaisé de Black Sabbath que les Alcohsonics rendent hommage (involontairement ?) le temps d’un The Cathodic Way of Life qui n’est pas sans rappeler le Planet Caravan des glorieux ancêtres. Le gimmick de guitare sur You're Not Rock n' Roll (qui sera judicieusement dédié à Christine Boutin et Philippe de Villiers, lors du concert, en remerciement de leur action superbe pour tenter de faire interdire le festival (prétendument sataniste) Hellfest) n’est pas sans rappeler un riff des Red Hot (j’ai la flemme de rechercher sur quelle chanson) élargissant encore, avec bonheur, l’éventail des références et débouchant sur un solo d’anthologie avant que les chœurs ultra virils et efficaces d’un viking aviné (serait il possible que ce soit le chanteur de Clutch ?) viennent clôturer ce titre tout en efficacité. L’album se termine sur Delirium Song, tout en chœur soul gospel, que ne renieraient pas les Black Crowes.
Souvent classé comme Stoner, l’étiquette se révèle vraiment réductrice, comme pour tout groupe important, et même s’il est vrai qu’il s’aventurent de temps en temps sur ces terres (l’excellent I'm Your Man), les parisiens livrent, avant tout, avec ce Songs From the Delirium Tremens World un album gorgé de rock n’roll, de feeling et non dénué d’humour (je vous laisse écouter l’intro et l’outro) qui les place dans la catégorie des espoirs à ne pas louper. Ce, d’autant plus, que l’album a maintenant quelques temps déjà (2008) et que les récents concerts ont prouvé que leur progression était continue.
Country ? Folk ? oui, oui Chapel Hill, s’il devait se retrouver dans une case se retrouverait sans doute dans une de celles-ci, mais nos corbeaux appartiendraient à la famille des Tom Waits et autres mark Lanegan, de ces oiseaux de mauvais augure (enfin pas forcément, le groupe rappelant que, dans certaines civilisations, les corbeaux sont les messagers des dieux) qui savent influencer l’énergie et la crasse du rock n’roll des pionniers. Une country rouillées, juste graissées au bourbon et au tabac froid.
Si quelques touches de lumières viennent faire briller le tranchant de la lame émoussée (Where are you know ? et ses cordes/nappes hantées), c’est un éclairage froid et triste comme un soleil d’hivers dont il s’agit. Mélancolie, c’est bien évidemment le sentiment le plus frappant de cet album, porté par l’utilisation de glockenspiel, violons et autres contrebasses comme sur le superbe In Your Room (rien à voir avec Depeche Mode) qui n’est pas sans rappeler les collaborations d’Isobel Campbell et Mark Lanegan, avec Yasmine Carlet dans le rôle de la scandinave. Les violons savent se faire parfois plus enlevés permettant d’équilibrer l’album et d’éviter de sombrer dans le lugubre.
Je ne sais pas à quoi ressemble la Caroline du Nord native du quadra Nathan Symes (l’âme du groupe, qui se balada des Etats-Unis à la France et inversement), mais à l’écoute de cette seconde carte postale longue durée (après le sombre Songs to Die For en 2009) je l’imagine noyée sous la neige, le ciel d’un bleu glacial infini et le bois craquant. Organique et brute, en tous cas, sans fioritures inutiles. En atteste, par exemple, la prise live du francophone Tu es Mon Faust. Faust ou Nick Cave, auquel on songe aussi parfois, à chacun de se faire son idée.
Si d’aventure, tel le corbeau, déçu(e) par la vie, vous décidiez de prendre votre envol du bord de votre fenêtre, je ne vous conseillerais certainement pas d’écouter ce disque avant de prendre une décision ferme et définitive, ayant déjà été abondamment prouvé que l’homme volait beaucoup moins gracieusement que le noir oiseau. Si par contre vous avez besoin de votre dose de spleen hanté et ensorcelant de temps en temps, ce disque est pour vous.
2010, hey oui, nous sommes déjà en 2010, des années déjà que nous baignons en plein internet, en plein mp3, myspace, facebook et autres twitters sans cesse plus nombreux, sans cesse plus prometteurs, sans cesse plus plein de vide sidéral. Mais on nous le dit et on nous le répète, c’est l’avenir, l’avenir de l’humanité et, plus prosaïquement, l’avenir de la musique et la seule chance de survie de la déclinante industrie musicale. Ainsi donc, c’est là que se joue, pour tout groupe désireux de se faire connaître un tant soit peu, la partie. Dont acte. Mais pourtant… pourtant, oui….
Boire ou conduire, il faut choisir, et cette nuit là, j’avais clairement choisi la première proposition, du coup c’est à pied que je me rentrais tranquillement vers chez moi, quand, au hasard d’un nouveau tangage, bien involontaire, mon œil fut attiré par un curieux rectangle de carton dans une improbable vitrine parisienne. Jaune pisseux, rouge et noir, voilà des couleurs évocatrices me suis-je sans doute dit et, me concentrant dans un effort surhumain, je parvenais à détailler un peu plus l’objet. Des flammes, un cercueil, des croix et des crânes illustrant une typo gothiqu-anque, une ambiance crypto-mexicano-rock n’rollien, pas de doute, ce bout de carton avait tout pour plaire : promesse de sauvagerie, de sueur, de cuir, de sang, de sexe, de graisse, d’électricité, d’hystérie, de rébellion et … de mort. Se pouvait-il qu’en ces temps numérisés, pareil vaudou puisse encore trouver sa place dans une vitrine parisienne ? Sans en avoir entendu encore aucune note, je connaissais déjà ce disque par cœur, j’en étais accro, il me le fallait. Il me fallait ce shoot de concentré de Misfits, d’Iggy, de Lux et d’Ivy, de rock n’roll primaire, de rock n’roll primal. Puissance évocatrice de l’image, qui en quelques coups de crayon pouvait tout dire et susciter adhésion et curiosité immédiate. Par quel miracle ? Par quelle magie ? Par quelle science occulte fallait il passer pour provoquer pareille réaction ?
On ne le dira jamais assez graphisme et rock’n’roll sont deux univers inséparables, depuis les affiches du Fillmore de Bill Graham, jusqu’à l’innombrable production sérigraphiée que documente si bien The Art of Rock. Que serait un Motorhead ou un Maiden sans sa mascotte indéboulonnable, Cheap Thrill de Joplin sans sa pochette crumbienne, AC/DC sans son logo indémodable, un album de reggae autrement qu’en trichromie vert-jaune-rouge, on en passe et des milliers d’autres. Fanzines, flyers, affiches et pochettes font parti du grand tout qui, d’Elvis à Rick Griffins, de Lester Bangs aux Lords of Altamont, du bonze en flamme de RATM à la prose anachronique de Céline, des Clash à la banane de Warhol ou la langue des Stones, de la typo de Nevermind the Bollocks à celle d’Harvest de N.Young.On ne dira jamais assez à quel point ce lien étroit a été mis à mal par l’invention du CD, reléguant l’accompagnement graphique de l’œuvre au plus bas niveau. L’apogée de cette négation est, bien sûr intervenue avec l’apparition de la musique numérique où, toute tentative de faire co-exister les 2 formes d’art se révélait complétement inutile. Nous sommes en 2010 donc, et il est largement temps de revenir à nos moutons, d’autant plus que cette disgrétion laissa le temps au petit 45T que j’avais commandé, d’arriver jusqu’à chez moi.
Horror-Punk, ainsi se défini le duo franco-batave sur son myspace, où on peut se procurer le précieux objet dont il est ici question, hey oui, inutile de le rappeler, nous sommes au XXIième siècle et pour faire des bonds dans les temps vers les racines du rock, il faut passer par les réseaux. Car, si le son est très contemporain, avec des guitares assez lourdes et épaisses, lorgnant plutôt vers le métal que vers le punk, l’énergie qui se dégage de Las Burning a tout du punk des débuts, du hardcore californien voire, finalement, du rock n’roll des pionniers remis au goût du jour. Urgence, high énergie garage (avec orgue en renfort sur mur de guitare épais s’il en est), hurlements morbides et chœurs virils, en à peine 3 minutes, la messe (d’enterrement) est dite et si LA est en flamme, aucun doute que l’incendie ne vous crame aussi, si bref soit-il. Petite cerise sur le gâteau, la face B, jusqu’ici disponible que très difficilement, calme un peu le jeu, en nous rappelant le High on You d’un certain iguane en solo, tout en fièvre nonchalante.
A peine 5 minutes, il n’en faut pas plus à Sam & Steve Thill et leur bande desperados rythmiquement increvables pour vous propulser d’un efficace coup de botte dans le cul vers les horizons d’une musique vierge de toute concession, effet de mode ou tentative désespérée de plaire au plus grand nombre et de vendre par kilos. Même si c’est tout le mal qu’on leur souhaite, peu de chance que, comme le disent les Guignols, çà twitt, buzz & co pour eux, mais nul doute que le savoir faire qu’ils mettent à produire une musique de qualité, à travailler le contenant autant que le contenu, à tourner sans cesse pour se faire connaitre et finir par partager l’affiche avec les mythiques Sonics, nul doute que cela, plus qu’aucune cyber mode, les garantira d’un public fidèle et reconnaissant, aussi dévoué qu’eux à la cause d’une certaine idée de la musique.
Quant aux talentueux loustics dont l’œuvre avait initialement attiré mon œil dans la vitrine, là encore il s’agit de passionnés dont vous pourrez vous rendre compte de l’éclectique talent en allant surfer par là.
Au passage allez jeter un coup d’œil aux grattes, aucun doute qu’elles reviennent directement de l’enfer, ou d’un concert de Sinner Sinners, ce qui, vous l’avez compris, reviens au même !
Iggy and the Stooges - Raw Power (Legacy Edition) (2010)
A propos de Raw Power, Nick Kent n’hésite pas à déclarer, dans The Dark Stuff (Naïve éditions), qu’il « aurait été le meilleur disque rock de tous les temps, le plus noir, le plus fulgurant, ne serait ce que pour son morceau titre, le parfait hommage d’Iggy, dans le plus pur style O-Mind, au grand marécage originel, matrice de toute énergie », « si Iggy, Williamson, et plus tard David Bowie, n’avaient pas massacré le mixage ». Venant d’une figure aussi respectée que le journaliste britannique, il va de soi que l’avis fait loi, et, c’est sûrement jusqu’à la fin des temps que les fans se disputeront pour savoir quel est le mix ultime de Raw Power, lequel, d’Iggy ou de Bowie rend vraiment justice à cette énergie brute ? Débat de spécialistes dont on se fiche finalement pas mal, tant les 8 déflagrations de l'album se suffisent à elles-mêmes, loin de tout débat sur le sexe des anges.
Alors comme çà Iggy et ses Stooges seraient les punks originels, les géniteurs de l’explosion de 77, les tables de la loi des Pistols et autres Damned ? Certes, c’est indiscutable, mais cette lourde filiation se révèle malheureusement beaucoup trop réductrice dès l’écoute du second album du gang de Détroit et plus encore à celle du troisième qui nous occupe aujourd’hui. Oui quelle injustice de limiter les Stooges à leurs rejetons dégénérés. Combien de fans de musique sont passés à coté de ce groupe majeur, jugeant que l’intérêt d’un courant basé sur 2 accords, leur paraissait des plus limité. Car oui, Raw Power contient son lot de brûlots urgents, crachés à la face du monde, à la face du glam rock naissant et du classique rock hippisant qui dominaient alors les charts, à la face des petites amies dont la beauté se fane avec l’âge (Search and Destroy, Your Pretty Face is Going to Hell, Raw Power et son piano bastringue malade ou encore, dans une moindre mesure, Shake Appeal), soit environ la moitié du disque. Oui sur la moitié du disque la rage suinte par tous les pores de la gratte de Williamson, le cœur frise la tachycardie en synchrone avec la rythmique plombée mais enlevée des frères Asheton (oui oui Ron est alors passé à la basse sur cet album, « éclipsé » par le nouveau prodige de la 6 cordes dénichés par Iggy). Oui Iggy hurle, braille, crache, se débat comme un diable sur chacun de ces titres, oui le Raw Power en habite chaque note, la rage, la violence, la frustration et la rebellion. Mais, car il y a un « mais », Raw Power ce n’est pas que çà, et quand bien même ce serait déjà énorme….
Non, Raw Power c’est aussi la ballade croonée, rythmée par un piano entêtant et les riffs saillants de Williamson qu’est Gimme Danger, titre laid-back traversé de fulgurances de guitares. Sombre désincarné, faussement acoustique, spatial diront certains et ce n’est pas un hasard si Monster Magnet se l’appropriera note à note tant le danger semble imminent mais toujours tapis dans l’obscurité, loin, à des années lumières de la terre mais son ombre plane quand même lourdement. I Need Somebody, menée par la voix de bateleur d’un Iggy tout en gouaille, tient plus du blues classique, mais une fois encore mis en relief par une gratte tranchante comme l’emblématique lame de rasoir. Non content de se promener sur ces tempi opiacés ou bluesy, le groupe dégaine un chef d’œuvre généralement méconnu, lancinant, rampant comme un reptile (qui a dit un iguane ? non ici le reptile est dépourvu de pattes), comme un serpent, fascinant et dangereux, riff tournant en boucle sur quelques notes de clavier entêtantes, doucement la chanson se fraie un passage vers le cerveau, Penetration susurre Iggy, oui c’est exactement çà, Penetration, d’abord réticent on se laisse finalement envahir jusqu’à l’estocade finale de Williamson qui vient mourir en fondu. Je vous laisse découvrir le Death Trip final, après c’est l’inconnu, derrière le champ de barbelés électriques.
Jusqu’à récemment cet album ultime clôturait l’aventure des Stooges, la rythmique implacable des frères Asheton, malsaine, moite et suintante, la guitare tranchante, incroyablement tranchante pour un son si émoussé se tairaient pour longtemps. Iggy, quant à lui poursuivrait son petit bonhomme (qu’il est) avec plus ou moins de bonheur, touchant encore au génie en quelques occasions, ou se vautrant dans de pathétiques collaborations que les fans reconnaissants lui pardonneront toujours, à quelques punks à crête prés. Puis…puis le miracle inattendu se produisit, mais çà, c’est une autre histoire…
Pourquoi alors remuer le riff dans la plaie en 2010, quels sadiques se cachent derrière les gens de chez Legacy Records pour venir nous rappeler que cette œuvre majeure sera malheureusement sans lendemain, jamais plus Williamson et Ron ne seront associés sur un disque. Toutes les reformations n’y feront rien, Ron s’en est allé et c’est lui qui officiait à la guitare sur The Weirdness alors maintenant… Pourquoi donc déterrer aujourd’hui cet galette plombée ? Pour le plaisir de la garnir de goodies alléchants ? Un petit bouquin de 48 pages où défilent les souvenirs d’ Henry Rollins, Brian J Bowe, Kris Needs, Tom Morello, Slash, Lou Reed, Jim Jarmusch, Cheetah Chrome, Jim Reid, Perry Farrell, Hugo Burnham et d’autres encore: 5 belles photos; une reproduction de pochette japonaise du 45T Raw Power / Search and Destroy ou encore l’inévitable DVD “Search and Destroy: Iggy & The Stooges' Raw Power” de Morgan Neville, que du beau, que du clinquant, mais est-ce vraiment la peine de se jeter sur l’objet pour celà ? oui et non, oui car, comme on l’a vu, niveau petits cadeaux, on est loin du foutage de gueule habituel en pareille occasion, mais non car l’essentiel, le vrai cadeau, le graal est ailleurs, dans les deux disques qui viennent accompagner cette réédition.
Tout d’abord pour le live exceptionnel de 1973 qui accompagne l’album, témoignage de la fougue et du potentiel du groupe à cette époque. Jusqu’à maintenant il fallait se contenter de pirates au son douteux, de l’inévitable Metallic KO (simple ou double), sur lequel la légende veut qu’on entende les canettes de bière se fracasser sur les cordes de guitares, mais surtout sur lequel on n’entendait, soyons honnête, rien ! Ou alors on pouvait toujours opter pour le Telluric Chaos de 2005, japonais si je ne m’abuse, mais bien sage au regard de ce que le groupe pouvait dégager sur scène dans sa fleur de l’âge. Et soudain le miracle se produit, avec le Live at Richards, Atlanta, d’Octobre 73, c’est non seulement l’occasion d’entendre les Stooges de la grande époque avec un son correct mais surtout, surtout l’occasion de découvrir que, loin d’avoir tout dit sur l’album, nos gaillards en avaient encore sous la pédale. Avec un piano toujours aussi omniprésent, c’est punk çà le piano comme instrument ?! donc piano omniprésent qui vient encore sublimer les classiques Raw Power, Gimme Danger, Search and Destroy ou I Need Somebody, interprétés superbement par le reste du groupe, éblouissant de cohésion, de justesse et d’imagination, on est en terrain connu.
Mais le live gagne encore en intérêt quand le groupe s’attaque à des titres jamais gravés en studio, devenus depuis mythiques, objets de débats passionnés entre fans, quelle version ? où ? et si ils l’avaient enregistré en studio pour un 4ième album ? si Iggy l’avait gardé pour son premier album solo ? si James Williamson en avait fait autant ? etc… etc…. toujours est-il que ces titres ressortent enfin aujourd’hui au grand jour, ces Head On (qui sonne étrangement familier à qui connaît Hendrix et LA Woman des Doors, et ce, de façon d’autant plus étrange, que l’on sait que suite à la désintégration de ses Stooges en 1974, Iggy remplacera sur scène Morisson dans les Doors de Ray Manzarek puis jouera dans un groupe réunissant ce dernier et Williamson), Heavy Liquid (et son final entétant), le rockabilly (presque) Cock in my Pocket au solo final sauvage en diable, ou les 10 minutes finales du stonien Open Up and Bleed. Ajoutez à cela une prise studio de Head On et du parfaitement inconnu Doojiman (là encore rappelant bizarrement LA Woman) et vous avez là un disque indispensable de la discographie des lascars de Détroit.
Si d’aventure vous n’étiez pas encore complètement rassasiés par pareil festin sonore, 10 « Rareties, outtakes and Alternates from the Raw Power Era » viennent compléter le tout. Enfin 10… disons qu’à moins d’être complétiste compulsif ou fans jusqu’au bout des tessons de bouteille, les 4 versions alternatives et les 2 versions japonaises de titres déjà présents sur l’album n’apportent pas grand-chose au débat. I got a Right est sans doute l’inédit le plus connu du lot, Sick of You paraissant lui aussi étrangement familier. I’m Hungry est un Penetration dont Iggy aurait changé les paroles, ou plutôt, chronologiquement, l’inverse. Enfin Hey Peter s’avère être assez anecdotique. Mais une chose est sure, au regard de certains CDs plus ou moins officiels qui traînaient jusqu’à maintenant sur le marché (Rough Power, California Bleeding ou Double Danger) le son ici est, compte tenu des conditions de l’époque, tout a fait acceptable.
On ressort de l’écoute de l’intégralité de ce précieux coffret quelque peu sonné (mais si on n’aime pas Dorothée cherche encore du monde pour remplir sa tournée annuelle, elle mérite bien un coup de main quand même) et surtout perdu en conjecture quant à ce qu’auraient pu devenir les Stooges si l’histoire ne s’était pas, à l’époque, finie en eau de boudin. Que de pistes ouvertes par cet album, que de confirmations sur le live. Aux expérimentations free jazz de Fun House (dues en grande partie au saxophoniste Steve Mackay qui n’apparaît déjà plus sur Raw Power) le groupe donnera une suite tous azimuts avec cet album refusé par la quasi-totalité des maisons de disque à l’époque.
Pour une fois, on ne crachera pas sur les maisons de disque toujours promptes à ressortir, au prix fort, des albums maintes fois rentabilisés sous prétexte d’anniversaire ou d’événement exceptionnels avec 1 ou 2 faces B en bonus, et on reconnaîtra que, comme de coutume, Legacy livre ici un travail d’intérêt public, esthète et érudit dont l’aura n’aura de cesse de vous hanter bien après que le dernier titre du dernier CD ait fini de tourner sur la platine.
Il serait peut être temps d’arrêter de croire (moi le premier) que la scène musicale marseillaise se limite à Massilia Sound System et Iam, qu’elle navigue, sur les flots bleus, entre festivités ensoleillées et macadam brulé au soleil du pied des cités. Ce serait à la fois réducteur et, de fait, faux.
En atteste cette nouvelle livraison des phocéens de RedLight, un an à peine après un EP déjà remarqué. Tout en écoutant les 5 titres défiler avec jubilation, on se renseigne un peu à droite, à gauche sur le dit groupe et l’on apprend que nous sommes donc là en présence d’un collectif un pied dans le rock « classique », l’autre dans le hip-hop. Ah bon ? on tend un peu mieux l’oreille et le constat se fait de lui-même, ni « classique » ni hip-hop, le rock des RedLight est tout simplement tout en originalité, mélodies bien trouvées et entêtantes (NYC au refrain imparable de fraicheur, avec final à faire chanter à la foule en claquant des mains en rythme), touches electro-orientalisante discrétement addictives (Littles Demons), titres plus anecdotiques parfois (un brin pearl jam-isant) comme Lies, et tueries dancefloor pour finir sur une touche que d’aucun qualifieront d’electro-pop.
Alors le hip-hop dans tout çà on se demande bien ou il peut être caché, si ce n’est sur l’imparable premier titre What’s Going On ? où effectivement l’excellent flow des couplets vient renforcer l’impact du refrain chanté d’une voix toute en virilité et puissance. Là oui, en effet, influences hip-hop il y a mis au service d’un titre très fusion ultra efficace avec solo dissonant en prime, difficile de ne pas sauter dans son bermuda, en rythme avec pareille cartouche.
Bref, vous n’êtes pas obligés de croire tout ce qui traine sur le net (à commencer par cette chronique) et, à mon humble avis, ce n’est pas rendre service aux talentueux RedLight que de trop mettre en avant le coté hip-hop de leur son. Non, leur musique est avant tout terriblement organique, elle prend aux trippes et il n’y a pas à douter que l’effet qu’elle produit dans un canapé ne peut qu’être décuplé sur scène !
« Ecris sur Ten » « écris sur Ten » « vas y, chronique Ten »… Ainsi me tannait un ami récemment. Mais p*** écrire sur Ten, t’es rigolo toi, s’attaquer à TEN, c’est toucher au saint des saints, c’est s’attaquer au Graal. Est-ce que je chronique moi Sergeant Peppers, Led Zep IV, Achtung Baby ou … que sais je encore ? Ecrire sur Ten, tout le monde l’a fait, pour le meilleur comme pour le pire, des docs aux chemises à carreaux, le jeans troué et la plume fiévreuse. Ecrire sur Ten c’est parler forcément du grunge, or qu’y a-t-il à en dire qui n’en ait pas encore été dit ? Que le grunge fut un non mouvement, une non mode, tant vestimentaire que musicale, car oui, quoi de commun entre un Tad (tout en gras et lourdeur) et, par exemple, le dernier album des Screaming Trees, tout en pop mélancolique et mystique. Quoi de commun entre punk nirvanesque et metal Alicien ? Que faire de L7 ? de Hole ? Hater et Truly sont ils des avatars du genre ? Quelle descendance ? Que sont nos héros devenus ? entre reformation unaniment saluée (Alice in Chains), diversification honteuse (Chris Cornell), inlassable creusement de sillon adult rock (Pearl Jam) ou cheminement solitaire au grè des rencontres toujours bien choisies (Mark Lanegan (ex-Screaming Trees, actuel ( ?) QOTSA, Mark Lanegan & Isobel Campbell, etc…) ? Rien, rien de commun entre tous les acteurs de cette scène qui ne dura que quelques années et que, par facilité, on cantonna au nord ouest des USA. Qu’en reste t il ? pas grand-chose, qui s’en revendique aujourd’hui ? personne, ni musicalement, ni philosophiquement, tant il est vrai que, pour une fois dans l’histoire de la musique, voilà bien un mouvement qui ne porta aucune valeur propre, aucun message, si ce n’est un certain nihilisme désabusé, blasé et un rejet des modèles MTVesques alors en vogue. Cà fait léger, surtout aujourd’hui, comme mode et motif de rébellion. Oh ne nous inquiétons pas, aussi surement que l’on vit pendant une saison refleurir les T-Shirts Motorhead ou Iron Maiden sur les corps galbés de nos mannequins de tous sexes qui n’en avaient probablement jamais entendu une note, même noyés entre 2km de house préfabriquée pour défilés mondains, ne nous inquiétons pas disais-je, tôt ou tard un brillant créateur nous ressortira la chemise de bucheron et le cheveux gras comme ultime avatar de la crise et là, là on reparlera du grunge, là la presse féminine ira de son couplet éclairé balançant dans le même panier (de la ménagère) l’icône Cobain et Guns n’Roses, Kate Moss et la beaugossitude de Cornell. Oui ce jour viendra, n’en doutons point, et ce jour là, déboussolés par cette armée de gamins arborant fièrement leurs T-Shirt à leur smiley nauséeux nirvanesques, la génération « grunge » s’en retournera à ses classiques...
Le grains est épais, renforcé par une coueleur crue, captant chaque goutte de sueur, chaque cheveux collé, de la bande d’excités que l’on devine avoir pris d’assaut la scène depuis longtemps à grand renfort de bonds plus ou moins acrobatiques, de pauses concentrés, d’énergie libératrice et soudées. Toutes les images semblent volées, furtives, puis soudain, au dessus de la foule compacte, exténuée mais ravie, qui semble en redemander encore, se balance un petit homme dangereusement accroché à ce qui doit être un tuyau d’aération, on peine à le croire, mais, à nouveau balayé par un spot aléatoire, le doute n’est plus permis, le mec en question se tient bien quelques 5 mètres au dessus de la foule, pendant que les 2 guitaristes se livrent à un numéro de duettiste comme on n’en avait plus entendu depuis…pfff… en avait on seulement déjà entendu un pareil à l’époque ( Lynyrd Skynyrd ? connait pas … ;) ). 1992, premier album, premier clip et déjà tout est là, énergie et sensibilité, virtuosité et humilité. Pearl Jam, né des cendres de Green River et de Mother Love Bone.
Viscéral, urgente et péchue la musique du groupe ne retrouvera que rarement les sommets atteints par chacun des titres que j’éviterai soigneusement de passer en revue, tant tous sont de véritables perles dont on fait les colliers. Certes il y a Even Flow, Alive et Jeremy, les singles porteurs, mais comment passer sous silence le punkisant Porch et son solo en apesanteur, le final de Black au piano et la chair de poule qui pointe sous les short presque rentré dans les docs, la voix de Vedder, unique, émouvante, puissante et desespérée.
Dès l’intro on sent que l’on a ici à faire à un album hors norme, empli d’une douleur et d’une rage lancinante tout au long de morceaux épiques passant par toutes les montagnes russes possible des émotions et illustrant, comme très rarement en musique, ce qu’il convient d’appeler la rage de vivre… malgré tout.
Pearl Jam pondra par la suite d’autres chefs d’œuvres, comme le magique MirrorBall avec leur héros canadien, le vétéran Neil Young, comme Vs ou encore Vitalogy, tous, ou presque, valent la peine que l’on y jette une oreille, quand bien même on puisse trouver que la formule « classic rock » dont ils ont abusés ces derniers temps commence à tourner en rond, oui tous valent l’écoute mais aucun, plus jamais, ne fera monter les larmes aux yeux, les slammers les uns sur les autres et les poils sous la chemise à carreaux comme Ten l’a fait il y a bientôt 20 ans.
Balayons d'entrée la question que tout le monde, à juste titre, se pose. Non, Duvall n'est pas la réincarnation de Layne Stanley et, j'allais dire, c'est tant mieux. Non que sa voix ne soit pas capable de rappeler, assez souvent, celle du défunt junkie qui officiait à son poste le siècle dernier, mais tout simplement parce que, sans chercher à le remplacer ou à l'imiter, la nouvelle ( ?) recrue haitienne s'est complètement fondue dans l'entité Alice In Chains et qu'elle sait relever avec un brio certain le challenge, pourtant conséquent, qui était le sien. Epaulé la plupart du temps, comme à la grande époque par l'incroyable jerry Cantrell sur les couplets, l'alchimie fonctionne à merveille. Duvall s'énerve, sur certains titres, beaucoup plus que son prédécesseur mais ces excès de rage sont sans cesse contrebalancés par la voix carressante du guitariste.
Ce durcissement du ton se fait sentir dès le premier titre All Secrets Known , les guitares sans doute un peu plus agressives que dans nos souvenirs. Mais c'est pour mieux amener le single Check My Brain qui nous propulse quelques 15 ans en arrière et le superbe Last of my Kind, sans doute le titre sur lequel la voix du nouveau chanteur s'éloigne le plus de celle de Stanley pour rappeler plutôt Maynard Keenan de Tool, dont le pont semble s'inspirer ingénieusement.
Sans renouer avec la noirceur mélancolique d'un Sap ou d'un Jar of Flies, l'electro-acoustique Your décision déçoit un petit peu mais est vite excusé par les 7 minutes A Looking in View où lourdeur et mélodies cohabitent comme au bon vieux temps des boucs, chemises à carreaux et Doc Martens piétinant le cheveu gras graissé à la bière.
Acid Bubble, après un démarrage typiquement alicien, durcit le ton dès la 3ième minute rappelant, une nouvelle fois le Tool des débuts, mais comment dissocier les 2 groupes. Loin de copier, Alice se contente d'en emprunter un bout d'ambiance avant de plonger dans l'un de ces solos dont Jerry Cantrell seul a le secret. Même si cela n'interresse pas grand monde dans le cadre de cette chronique, je me souviendrais toute ma vie du jour où, fan ultime d'Alice in Chains que j'étais, et déplorant leur trop rare discographie, j'allais voir un vendeur de la Fnac pour m'enquérir d'un groupe « dans le même genre » et que se dernier, Dieu l'en bénisse, m'avait dirigé vers le second album de Tool et son Sober dantesque. Lesson Learned, toujours aussi alicien avec son refrain que l'on jurerait passé à l'envers, se voit gratifier d'un magnifique solo tout en feeling tandis que la 5 rythmique, inchangée, assure un boulot à la fois lourd et dynamique d'une efficacité sans faille.
L'apaisé Black Gives Way to the Blue clôt superbement l'album sur une touche d'optimisme, tout relatif, çà reste du Alice in Chains quand même, nous laissant espérer de fort beaux concerts et la poursuite d'une carrière jusqu'à maintenant sans faute de goût.
Certes cet album n'est pas le Back in Black d'Alice in Chains mais donne foutrement envie de les voir remonter sur les planches comme lors de leur dernier passage au Bataclan de Paris où, en quelques titres à peine, la nouvelle formation avait su combler les attentes du public.