vendredi, février 24, 2012

Sinner Sinners - LA's Burning (45T) (2010) - France is burning...


Sinner Sinners - LA's Burning (45T) (2010)

2010, hey oui, nous sommes déjà en 2010, des années déjà que nous baignons en plein internet, en plein mp3, myspace, facebook et autres twitters sans cesse plus nombreux, sans cesse plus prometteurs, sans cesse plus plein de vide sidéral. Mais on nous le dit et on nous le répète, c’est l’avenir, l’avenir de l’humanité et, plus prosaïquement, l’avenir de la musique et la seule chance de survie de la déclinante industrie musicale. Ainsi donc, c’est là que se joue, pour tout groupe désireux de se faire connaître un tant soit peu, la partie. Dont acte. Mais pourtant… pourtant, oui….


Boire ou conduire, il faut choisir, et cette nuit là, j’avais clairement choisi la première proposition, du coup c’est à pied que je me rentrais tranquillement vers chez moi, quand, au hasard d’un nouveau tangage, bien involontaire, mon œil fut attiré par un curieux rectangle de carton dans une improbable vitrine parisienne. Jaune pisseux, rouge et noir, voilà des couleurs évocatrices me suis-je sans doute dit et, me concentrant dans un effort surhumain, je parvenais à détailler un peu plus l’objet. Des flammes, un cercueil, des croix et des crânes illustrant une typo gothiqu-anque, une ambiance crypto-mexicano-rock n’rollien, pas de doute, ce bout de carton avait tout pour plaire : promesse de sauvagerie, de sueur, de cuir, de sang, de sexe, de graisse, d’électricité, d’hystérie, de rébellion et … de mort. Se pouvait-il qu’en ces temps numérisés, pareil vaudou puisse encore trouver sa place dans une vitrine parisienne ? Sans en avoir entendu encore aucune note, je connaissais déjà ce disque par cœur, j’en étais accro, il me le fallait. Il me fallait ce shoot de concentré de Misfits, d’Iggy, de Lux et d’Ivy, de rock n’roll primaire, de rock n’roll primal. Puissance évocatrice de l’image, qui en quelques coups de crayon pouvait tout dire et susciter adhésion et curiosité immédiate. Par quel miracle ? Par quelle magie ? Par quelle science occulte fallait il passer pour provoquer pareille réaction ?

On ne le dira jamais assez graphisme et rock’n’roll sont deux univers inséparables, depuis les affiches du Fillmore de Bill Graham, jusqu’à l’innombrable production sérigraphiée que documente si bien The Art of Rock. Que serait un Motorhead ou un Maiden sans sa mascotte indéboulonnable, Cheap Thrill de Joplin sans sa pochette crumbienne, AC/DC sans son logo indémodable, un album de reggae autrement qu’en trichromie vert-jaune-rouge, on en passe et des milliers d’autres. Fanzines, flyers, affiches et pochettes font parti du grand tout qui, d’Elvis à Rick Griffins, de Lester Bangs aux Lords of Altamont, du bonze en flamme de RATM à la prose anachronique de Céline, des Clash à la banane de Warhol ou la langue des Stones, de la typo de Nevermind the Bollocks à celle d’Harvest de N.Young.On ne dira jamais assez à quel point ce lien étroit a été mis à mal par l’invention du CD, reléguant l’accompagnement graphique de l’œuvre au plus bas niveau. L’apogée de cette négation est, bien sûr intervenue avec l’apparition de la musique numérique où, toute tentative de faire co-exister les 2 formes d’art se révélait complétement inutile. Nous sommes en 2010 donc, et il est largement temps de revenir à nos moutons, d’autant plus que cette disgrétion laissa le temps au petit 45T que j’avais commandé, d’arriver jusqu’à chez moi.


Horror-Punk, ainsi se défini le duo franco-batave sur son myspace, où on peut se procurer le précieux objet dont il est ici question, hey oui, inutile de le rappeler, nous sommes au XXIième siècle et pour faire des bonds dans les temps vers les racines du rock, il faut passer par les réseaux. Car, si le son est très contemporain, avec des guitares assez lourdes et épaisses, lorgnant plutôt vers le métal que vers le punk, l’énergie qui se dégage de Las Burning a tout du punk des débuts, du hardcore californien voire, finalement, du rock n’roll des pionniers remis au goût du jour. Urgence, high énergie garage (avec orgue en renfort sur mur de guitare épais s’il en est), hurlements morbides et chœurs virils, en à peine 3 minutes, la messe (d’enterrement) est dite et si LA est en flamme, aucun doute que l’incendie ne vous crame aussi, si bref soit-il. Petite cerise sur le gâteau, la face B, jusqu’ici disponible que très difficilement, calme un peu le jeu, en nous rappelant le High on You d’un certain iguane en solo, tout en fièvre nonchalante.

A peine 5 minutes, il n’en faut pas plus à Sam & Steve Thill et leur bande desperados rythmiquement increvables pour vous propulser d’un efficace coup de botte dans le cul vers les horizons d’une musique vierge de toute concession, effet de mode ou tentative désespérée de plaire au plus grand nombre et de vendre par kilos. Même si c’est tout le mal qu’on leur souhaite, peu de chance que, comme le disent les Guignols, çà twitt, buzz & co pour eux, mais nul doute que le savoir faire qu’ils mettent à produire une musique de qualité, à travailler le contenant autant que le contenu, à tourner sans cesse pour se faire connaitre et finir par partager l’affiche avec les mythiques Sonics, nul doute que cela, plus qu’aucune cyber mode, les garantira d’un public fidèle et reconnaissant, aussi dévoué qu’eux à la cause d’une certaine idée de la musique.


Quant aux talentueux loustics dont l’œuvre avait initialement attiré mon œil dans la vitrine, là encore il s’agit de passionnés dont vous pourrez vous rendre compte de l’éclectique talent en allant surfer par là.

Au passage allez jeter un coup d’œil aux grattes, aucun doute qu’elles reviennent directement de l’enfer, ou d’un concert de Sinner Sinners, ce qui, vous l’avez compris, reviens au même !

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